NousToutes63 : Retour sur le femmage du 14 février et le combat du collectif.

Dimanche 14 février, place de Jaude à Clermont-Ferrand, entre 50 et 80 personnes se sont rassemblées pour faire un Femmage, un hommage aux femmes victimes de féminicides. De 14h à 16h, les militants ont rappelé l’existence et l’identité de ces femmes tuées par leur conjoints.

Le collectif NousToutes63 avait donné rendez-vous aux manifestants à 14h, place de Jaude. En plus d’un lâcher de ballon, les militants avaient préparé diverses œuvres pour mieux faire passer leur message : « Pour les féminicides de 2020, nous avons apposé 100 cartons au sol, avec les prénoms des victimes, leur âge et le contexte dans lequel ça s’est déroulé. On avait 4 colonnes de noms. Pour 2021, on a dit à l’oral le nom des 10 femmes assassinées et à chaque fois, on le marquait sur un ballon et on le lâchait en hommage » décrit Gaëlle Caillot, membre de NousToutes63. Les militants avaient aussi fait deux cercueils, un pour les femmes, un pour les enfants, et avaient dessiné des silhouettes par terre. La militante féministe précise aussi que Will, engagé sur de nombreuses luttes sociales, avait aussi tiré une toile de film plastique noir pour que tout un chacun puisse taguer dessus. Les colleuses étaient aussi présentes : « Elles avaient préparé les 100 prénoms de 2020 et sont allées les coller à la Pardieu. L’après-midi, elles nous ont rejointes pour nous soutenir et refaire quelques collages autour de nous. On les remercie pour tout ça ! » poursuit Gaëlle. Malheureusement, suite à ces collages et en particulier un, sur lequel était inscrit « Masculin Assassin », un homme s’est insurgé. « Heureusement qu’il y avait des copains pour le calmer parce qu’ il a vraiment pété un câble. Juste avant, il expliquait qu’il était non violent, féministe et on est passé du coq à l’âne en deux minutes » déplore la militante féministe, à fond dans le combat contre les violences faites aux femmes depuis 2017. Entre les discours, le rappel du meurtre de chacune de ces femmes, les collages et les échanges, la manifestation a duré jusqu’à 16h. « On voit de plus en plus de monde, ce qui est réconfortant pour notre cause. Le but c’est d’essayer d’enlever cette invisibilisation qu’on a autour de nous (les femmes) en montrant qu’on existe et qu’il faut arrêter d’attendre qu’on soient tuées pour se préoccuper de nous » explique Gaëlle.
Depuis dimanche dernier, ce n’est plus 10 mais 13 féminicides qui sont a déplorer en 2021, mais aussi un infanticide et six tiers-victimes. Les tiers-victimes sont les personnes qui étaient en lien avec la victime et qui ont subi le même sort. Certains féminicides se terminent donc avec le meurtre d’un membre de la famille, du nouveau conjoint, etc.


Face à ce constat glacial, les militantes s’insurgent d’une justice patriarcale, à deux vitesses : « Le viol est un crime normalement puni de 15 ans, minimum ! On voit bien que la loi n’est pas respectée, que ces hommes s’en sortent avec du sursis, comme d’une autorisation à recommencer finalement. Idem pour les violences conjugales. » Et Gaëlle sait de quoi elle parle, puisqu’elle a elle-même vécu cette situation : « Lorsque j’ai dit à la police que mon mari me menaçait de me tuer, ils m’ont répondu « ils disent tous ça ». Et comment ils distinguent ceux qui passent à l’acte des autres s’ils ne nous prennent pas au sérieux ?! Et lorsqu’on l’a condamné au sursis, c’était très difficile à digérer. » Par la suite, elle a aussi dû se battre pour ses enfants car la justice ne considère pas qu’un homme violent avec sa femme peut être un mauvais père. L’autorité parentale n’est pas remise en question. « Il y a le jugement pour les violences conjugales au pénal, et ensuite pour la garde des enfants, ce sont les juges pour enfants qui décident. Sauf que souvent, ça ne se passe pas au même moment, le lien entre violence conjugale et enfants n’est pas fait. « Un homme violent peut être un bon père », pour moi c’est hallucinant d’entendre ça » déplore la mère de famille. « On a ratifié la convention d’Istanbul, surnommée la bible des femmes en 2014. Si on l’avait respectée, on n’aurait pas besoin de faire un grenelle en 2019. » C’est durant ce même grenelle que l’ARS du Puy-de-Dôme s’est vu retiré 33 000 euros de subventions pour le planning familial, principale association permettant l’accompagnement des femmes violentées. Pour les militantes féministes, le gouvernement, qui avait fait de l’égalité homme-femme sa « grande cause nationale », est tout simplement hypocrite. En plus de ces subventions retirées, l’État avait proposé de revendre le numéro d’urgence 3919 à des entreprises privées, les ordonnances de protection sont rarement données et le dernier texte proposé par le ministre de la justice, Éric Dupont-Moretti, prévoit un bracelet électronique en cas de condamnation, mais avec l’accord du conjoint violent. « C’est une perte de temps pour la police, pour la justice, et un sentiment d’insécurité en plus pour les femmes qui ne se sentent pas protégées » explique Gaëlle.

En parallèle a ces sursis offerts aux hommes violents, la militante de NousToutes63 rappelle l’histoire de nombreuses femmes condamnées à de lourdes peines pour le meurtre de leur conjoint qui les avait violentées, comme l’affaire de Jacqueline Sauvage, pour qui les femmes avaient dû se mobiliser plusieurs semaines avant qu’elle soit graciée par François Hollande. Mais Gaëlle raconte aussi l’histoire plus récente, celle de Valérie Bacot : violée à 12 ans par son beau-père, qui fut condamné à 3 ans de prison, avec une mère au courant mais dont on ne lui a pas enlevé la garde de Valérie, et qui l’obligeait à voir le beau-père en prison. Une fois sorti, le beau-père revient. Valérie, mineure, tombe enceinte. Sa mère, jalouse, la rejette. Mais le beau-père la suit : « Il la violentait, il la prostituait aussi mais dans le côté le plus noir et violent qu’on peut imaginer. Sauf qu’ils ont eu 4 enfants ensemble et un jour, il a menacé de faire la même chose à leurs filles. C’est là que Valérie le tue, en 2016 » raconte la membre du collectif féministe. « Elle a passé un an en détention et elle est aujourd’hui en liberté sous contrôle judiciaire. Elle risque la prison à perpétuité et sera jugée en 2021. Sa vie, c’est un calvaire » résume-t-elle.
Face à cette justice patriarcale, les militantes espèrent que de réels moyens soient mis en place : « En France, on a 11 juges pour 100 000 habitants en France. En Allemagne ils ont 24 juges pour 100 000 habitants. Ils croulent sous les dossiers. Si le juge n’a pas de sensibilisation personnelle au problème ou une formation pour rendre la justice égalitaire, on subit des reclassements, des sursis etc. » présente Gaëlle. Pour elle, la prise en charge psychologique de ces femmes mais aussi des familles est importante : « Qui se soucie de ces enfants qui ont assisté à des violences, ont retrouvé un corps, qui se retrouvent sans maman, avec un papa en prison responsable de tout ça ? Qui s’occupent d’eux ? Personne. » Les féministes demandent aussi la reconnaissance du terme de féminicide, pour ne plus être invisibles et comptabiliser ce type de meurtres, qui sont pour l’instant recensés par les familles, par les affaires passées en justice. Enfin, le développement de cours de self-défense à l’école, une éducation égalitaire, et le développement des centres de rééducation pour hommes violents sont d’autres solutions à mettre en place.

Pour agir personnellement, Gaëlle préconise fortement de relayer les numéros d’urgences, nationaux et locaux, de les imprimer et de les afficher partout. « Plus les numéros d’appels seront affichés, moins les femmes se sentiront seules. Il faut que ça devienne un automatisme de se dire qu’on peut être écoutée. Et tout le monde n’est pas en capacité de conseiller, guider une femme victime de violence. Il faut laisser ça à des professionnels » précise-t-elle. Elle propose aussi de soutenir Valérie Bacot, en signant la pétition en ligne en sa faveur. Mais surtout, « on peut toutes et tous dire a une femme victime « Je te crois » et ne jamais remettre sa parole en doute ! Car la parole des femmes est bien trop souvent remise en question, tandis qu’on minimise la part et la responsabilité des hommes, comme nous avons pu le voir. Il faut orienter la femme en fonction de ce qu’elle VEUT faire » insiste la militante dans sa conclusion.

Lien vers la pétition en faveur de Valérie Bacot : cliquez ici
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Pour rappel :
Recensé par le collectif « Féminicides par compagnons ou ex » :
En 2021, 13 femmes assassinées
En 2020, 100 femmes assassinées
En 2019, 154 femmes assassinées
En 2018, 121 femmes assassinées
En 2017, 143 femmes assassinées


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