Familles à la rue : face à la position du préfet, la solidarité se poursuit

Depuis plus d’un mois, le préfet du Puy-de-Dôme opère un durcissement de sa politique d’hébergement d’urgence. Alors que de nombreuses familles étaient expulsées ces dernières semaines, elles se sont installées place du 1er Mai le 8 avril avec le soutien de plusieurs associations avant de finalement trouver refuge à la Maison du Peuple de Clermont où la solidarité ne cesse de montrer son plus beau visage.

« Oh salut, tu vas bien ? », nous lance une militante de longue date en nous prenant dans ses bras. « Tu restes manger ? » demande cette dernière qui n’a pas trop le temps de discuter. Elle s’agite derrière la cuisine de fortune pour terminer le repas de ce soir. À la Maison du Peuple, quelque chose se prépare.

Le 8 avril dernier, face à la politique d’expulsions orchestrée par la préfecture du Puy-de-Dôme, un collectif d’associations et de citoyens investissait la place du 1er Mai avec les familles mises à la rue. Un peu plus de 70 personnes vouées à passer les prochains jours sous des tentes. « 6 mois à dormir dans la rue, c’était difficile », nous expliquait un jeune garçon, originaire d’Albanie. Sa mère nous précisait alors que la famille n’avait pas passé 6 mois mais 3 dehors. Le temps passe deux fois plus lentement pour les personnes dans la détresse de la rue, notamment les enfants.

Plan B

Dès le lendemain de l’installation, les passages des services de la préfecture ont commencé. Contrôles d’identité et tentes fouillées entre autres. Face à la crainte des familles, le collectif d’associations dont le Réseau Éducation Sans Frontières décident de passer au plan B et d’investir le parking de la Maison du Peuple, plus au centre dans Clermont-Ferrand. Installé depuis le 11 avril, le campement s’est peu à peu changé en petit village, organisé par les familles, le collectif d’associations et des citoyens.

La solidarité en action

Ils sont près de 80 à vivre ici. Les chiffres varient tout le temps. « Deux mineurs de plus ont été mis à la rue ce soir, on cherche des personnes qui pourraient les héberger », lance un militant dans le micro, en début de soirée. Plusieurs personnes rappellent aussi le sort des mineurs isolés. Ils sont une cinquantaine. « On nous a dit que la France était un pays qui prenait soin des mineurs », se désole M., 16 ans. Près de 80 jeunes seraient actuellement en recours sur l’accord de leur minorité par l’ANRAS selon la Ligue des Droits de l’Homme. « Nous étions nombreux il y a quatre mois sur les marche de la préfecture pour dénoncer l’odieuse manœuvre qu’est la loi immigration et on en voit aujourd’hui les répercussions », affirmait Pierre Miquel, du Parti Communiste, quelques minutes avant.

Une politique zélée qui devance même la loi Darmanin selon la députée LFI Marianne Maximi qui se félicite de l’élan de solidarité à l’œuvre ces derniers jours. « Ce qui se passe ici est une belle démonstration que ce pays n’est pas un pays de fascistes », a-t-elle lancé. Face aux hébergements d’urgence évacués par la préfecture, la Maison du Peuple a ouvert ses portes et n’a jamais aussi bien porté son nom.

Course à l’échalote

Hier, sur le parking de la salle municipale, s’est tenue une conférence de presse. Juste après, un grand repas à prix libre et ouvert à tous était organisé, suivi d’un concert avec Sixto Fredo et Estadio dos Kumbia. D’un côté, on se charge de la signature d’une pétition tandis que de l’autre, plusieurs personnes déchargent une voiture. Le parking se remplit peu à peu de monde. Des enfants courent au fond. Le repas sera bientôt servi.

Tous ici espèrent que les choses bougent. Mais pour l’heure, pas question de cesser d’organiser la solidarité ici. « On espère que la mairie va au moins nous appuyer pour fournir des douches », interpellait un militant. Un autre appelle à cesser « la course à l’échalote » des politiques avec les thèses de l’extrême droite.

Une cagnotte en ligne et une pétition sont à retrouver ici et . Sur place, des caisses de solidarité sont à disposition et les associations appellent les citoyens à partager au maximum la situation sur les réseaux sociaux. « On a besoin de vous. On a besoin d’aide. Ce campement, c’est grâce à vous qu’il tient !», assurait un militant au micro, pour terminer les prises de parole. L’autre moyen simple et direct, c’est aussi de venir aider sur place. « Il y a du monde H24 ici, le mieux, c’est de venir rencontrer les gens », affirment les organisateurs. Une liste des dons nécessaires est publiée chaque jour sur les réseaux sociaux du RESF.

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1 réflexion sur “Familles à la rue : face à la position du préfet, la solidarité se poursuit”

  1. L’hébergement citoyen des personnes exilées a fait l’objet d’un rapport de l’IFRI.
    https://www.ifri.org/fr/publications/etudes-de-lifri/mobilisation-citoyenne-lhebergement-exilees-vers-un-nouveau-modele
    exemple d’une association de ce type !
    « 100 pour 1 est née en 2010, sous l’impulsion d’un groupe d’amis tourangeaux ne se résignant pas à voir des parents avec enfants dormir dehors et constatant les limites des tentatives de solutions individuelles.
    La structure repose sur un principe simple : regrouper une centaine de donateurs s’engageant à verser au moins 5 euros par mois pendant deux ans pour financer le logement d’une famille jusqu’à ce qu’elle soit en mesure de prendre son autonomie. Aujourd’hui, elles sont une quinzaine à être accompagnées par 100 pour 1.
    A l’exception de deux appartements prêtés par des particuliers, les logements sont pour la plupart loués dans le parc privé et auprès de bailleurs sociaux par l’association, qui prend en charge les loyers et les frais associés. Une allocation d’environ 300 euros par mois est aussi versée aux familles. »
    En 2022, le budget de l’asso était de 130000 euros (subventions et dons défiscalisables).
    A CLermont il y a plus de 7000 logements vacants.
    2000 contributeurs versant 5 euros par mois permettraient de louer une quinzaine de logements. C’est la solution. Les familles sont autonomes et accompagnées par d’autres partenaires pour les démarches administratives. les enfants sont scolarisés et vivent en sécurité. Et les fachos devront verser leur haine ailleurs.

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