Manifestation des étudiants : la jeunesse se sent délaissée

Le 21 janvier, de 12h30 à 14h, les étudiants ont défilé dans les rues de Clermont-Ferrand, dénonçant la précarité et l'abandon des pouvoirs publics. De l'école de droit à la préfecture, ils ont revendiqué vouloir retourner en cours, obtenir plus d'aides pour les plus précaires ainsi que des services de santé plus conséquents et gratuits à l'université.

Ils étaient plus de 150 à se rassembler sur le parvis de l’école de droit. Les syndicats de l’UNEF (Union nationale des étudiants de France) et de la FedEA (Fédération des Etudiants d’Auvergne) étaient aussi présents avec la MDSE (Maison Des Solidarités Étudiantes Auvergne), soutenus par la CGT qui leur a prêté du matériel pour l’événement. Pour animer la foule, l’UNEF décide de chanter des chansons contestataires, entrainant leurs camarades dans leur lancée : « Autonomie on t’aime, Et on va te gagner, Et si Vidal s’en mêle, On va s’mobiliser ! » Dans les revendications, le retour en cours en présentiel est certainement celle la plus demandée : « On peut envisager un retour progressif, que ce soit par petits groupes ou par niveau. On doit aussi pouvoir recruter plus de professeurs, donner accès à des masques gratuits, ce genre de choses pour que ça marche. Les solutions sont multiples » explique Paco, de l’UNEF.
Un groupe d’amis en master 2 d’aménagement du territoire, qui avaient apporté chacun une pancarte avec une lettre, formant ensemble le mot « crevés », propose aussi des solutions : « On pourrait organiser un « turn over », d’autant plus que nous, on a des promotions réduites. Mais même pour ceux qui sont nombreux, ça peut très bien marcher » expose Tom. « Au collège et au lycée, ils se sont organisés pour que les élèves retournent en cours. Pourquoi pas nous quand on a de grands amphis, des salles de TD… On dirait qu’il y a une vraie stigmatisation des étudiants » se questionne Maiwen. Léa, étudiante en Paces (Première année commune aux études de santé), demande aussi la réouverture des bibliothèques universitaires, des petits groupes en TP, notamment pour ceux qui n’y arrivent plus.
Le décrochage est effectivement la crainte pour chaque étudiant cloitré dans sa chambre, 8h visé à son bureau pendant que le professeur parle seul face à sa caméra. « Même nous, en dernière année d’étude, on a un camarade qui a arrêté la fac la semaine dernière. Mais on se demande comment font les premières années si nous on ne tient pas » exprime Marley, du groupe d’amis en aménagement du territoire. « En master 2, on a aussi beaucoup de travaux de groupes, parfois à 25 sur le projet. C’est déjà compliqué de s’organiser avec tous les fichiers qu’on se donne et se renvoie, dès que tu décroches deux minutes, c’est l’enfer. Et avant le couvre-feu, on pouvait au moins se voir après les cours pour récapituler nos tâches, mais là… On aurait aussi dû avoir beaucoup de terrain, qu’on ne fera pas. » désespère-t-il. Le retour en cours semble donc essentiel pour éviter un décrochage plus massif qu’il ne l’est déjà. Mais d’autres problèmes sont pointés du doigt comme la précarité numérique : « Ma connexion saute tout le temps et mon ordinateur n’est pas super efficace non plus. Je vais donc chez mes amis pour suivre les cours » explique Maiwen.

En plus de la précarité « scolaire », due à l’isolement des étudiants depuis maintenant un an, les acteurs du monde de demain sont aussi préoccupés par leur précarité économique. « S’il y en a qui se sont suicidés, c’est bien qu’ils n’avaient pas assez pour vivre » lance Tom. D’après l’observatoire de la vie étudiante, un étudiant sur quatre n’a pas pu manger à sa faim durant le premier confinement, tandis qu’un sur trois se trouvait en détresse psychologique. « Les bourses versées avec un ou deux mois de retard, ça met beaucoup de pression à ceux qui n’ont pas d’autres moyens. Ils se retrouvent à faire des choix entre manger et payer le loyer » commence Maiwen. De nombreux étudiants ont aussi perdu leurs petits jobs, qui faisaient les fins de mois. Marley, lui, était serveur avant le confinement : « Le couvre-feu n’arrange encore rien. Après 8h de cours, on peut pas aller au supermarché donc on va au Spar en bas de chez nous où c’est bien plus cher. » Des détails pour certains, mais aux conséquences significatives pour ceux qui repensent à leur budget toute la journée. Car c’est aussi ça la précarité financière : compter et recompter, chercher où trouver ce qui manque et être stressé : « On sacrifie notre avenir et l’ensemble de la jeunesse pour une partie de la population. On a des rêves, des choses à réaliser. Ça devrait nous être dû de vivre dignement, d’avoir droit à une scolarité normale, à la culture, aux rencontres. Mais on est délaissés. j’ai voté pour Macron en croyant que c’était le président de la jeunesse, alors que pas du tout. » s’agace Léa. Les syndicats demandent donc une augmentation des toutes les bourses de 100 euros pour « tenter de minimiser la situation » expose Paco. « On veut aussi une ouverture de la bourse pour les 100 000 étudiants qui sont juste à la limite au niveau des critères sociaux pour y avoir droit ». Pour le long terme, ils demandent aussi la création d’une allocation d’autonomie universelle, équivalent au seuil de pauvreté, soit environ 1 000 euros par mois. Cela permettrait aux étudiants d’être indépendants de leurs parents, des aides mais aussi de ne pas travailler pour pouvoir se concentrer sur leurs études. « La précarité n’est pas une nouveauté pour nous, elle existait avant la Covid. Il faut donner des moyens pour pérenniser la situation économique et sociale des étudiants afin qu’ils se concentre sur leur avenir et puissent vivre dignement » conclut Mayke de l’UNEF.

Pour les militants, c’est tout cet ensemble de pressions, financières et sociales accentuées par l’isolement durant la crise qui poussent les jeunes à ce suicider. C’est pourquoi leur dernière demande est celle d’un accès aux soins plus développé à l’université et surtout gratuit. « Des psychologues, des assistances sociales et du personnel médical doivent être recrutés massivement ! » scande le représentant de la MDSE. Ils doivent aussi être formés aux questions qui touchent les étudiants. Plus de professeurs sont aussi demandés pour encadrer des petits groupes et assurer une bonne formation. « On veut vivre dans la dignité, être soignés et ne pas être que des stocks de données pour le futur marché du travail ! On ne veut plus de mesurettes mais de réels moyens ! Et surtout, on souhaite être décisionnaires des mesures qui nous concernent ! » exprime devant l’assemblée Mayke de l’UNEF.
Les jeunes sont motivés pour continuer de se rassembler, aller défendre leur camarades sur d’autres luttes sociales. Car s’ils ont la hargne, c’est bien parce qu’il s’agit de leur avenir, auquel ils ont de plus en plus de mal à croire.



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