Fermeture du service Rameau au CHU de Clermont-Ferrand

Service psychiatrique, spécialisé dans les pathologies lourdes comme Alzheimer, en pointe sur la prise en charge des sujets âgés, le Rameau devrait fermer le 24 décembre, comme l'ont appris dernièrement les équipes de soignants. Ce matin, ils étaient reçus par le directeur général du CHU.

« Nous sommes désolés que cela commence par votre service » a annoncé la directrice à l’équipe du Rameau, sous-entendant que d’autres services allaient être impactés par des fermetures. C’était il y a quelques jours. Alors que les 21 lits ne désemplissaient pas et que la liste d’attente pour une prise en charge est très longue, le service rameau fermera le 24 décembre. D’ici là, plus aucune entrée de patients.

Pourtant, ce service est incontournable dans le paysage médical. Il accueille les pathologies dégénératives, les Alzheimers les plus lourds. Envoyés par les EHPAD, les urgences, la psychiatrie de liaison, le Rameau était l’ultime lieu pour ces personnes incapables de rester autonomes ou à domicile. « Pourtant, c’est ce qu’ils vont devoir faire, rester chez eux, sans prise en charge sérieuse » s’indignent les soignants du service, qui ne savent toujours pas où ils seront envoyés après la fermeture du Rameau. « Ces patients demandent une prise en charge souvent de plus de 90 jours. On ne peut pas les laisser dehors. Ils sont désorientés, ils sont dangereux pour eux et peuvent l’être pour les autres. On les verra déambuler dans les rues clermontoises, perdus. »

départ du médecin qu’on ne remplace pas

La direction a pourtant acté la disparition du rameau après le départ du médecin praticien. « Elle ne pouvait plus rester, on l’a découragée. Elle avait des projets qu’on n’a jamais soutenus. Et personne ne veut la remplacer, dans les conditions actuelles. C’est facile de dire que l’on ne trouve pas de médecin quand on fait tout pour décourager. » Explique Serge Aiguebonne, pour la CGT. Dans les autres départements, 85 % des postes sont pris par des internes. A Clermont, selon les syndicats, seuls 50% des emplois sont pourvus. « On nous laisse ici moins de liberté pour soigner les gens, alors les médecins partent. La pénurie médicale est savamment orchestrée. »

Un exemple de prise en charge des pathologies lourdes

Pourtant, au Rameau, c’est une équipe solidaire de 21 agents et soignants qui, depuis 25 ans, ont rendu le service comme une référence. « On commence ici par le dépistage des maladies, jusqu’à l’hospitalisation. Nos pathologies sont très spécifiques et ne peuvent être prises en charge par d’autres services. » Explique une infirmière. « Là, nous avons toute la filière, dès le dépistage. Ca rassure les familles, on va mettre nos patients en difficulté. Que vont-ils devenir ? »

Depuis 2013, Marie* est assistante sociale au Rameau, « Nous sommes une unité légitime. Nous ne pouvons mélanger nos patients avec d’autres, au vu de leurs troubles cognitifs. Nous nous occupons du soin en tant que tel, mais aussi de la mise en protection juridique, les mises sous tutelle, on accompagne les familles. On nous dit que nos patients iront en hôpital de jour, mais ils ne savent déjà pas où ils habitent, comment voulez-vous qu’ils se rendent chaque jour à l’hôpital ? »

Rentabilité des soins

L’équipe le déplore : « La psychiatrie est le parent pauvre de la médecine. Elle n’est pas rentable. »

Infirmier depuis 12 ans, Olivier* explique son métier avec passion. Et pourtant, rien n’est simple. L’équipe de nuit est souvent mise en danger, car les soignants et agents ne sont pas en binôme et doivent gérer seuls les problématiques nocturnes. « Nous sommes une équipe vraiment soudée, malgré le manque de moyen. Il n’est pas rare que sur nos jours de repos, on aille acheter des cigarettes pour l’un d’entre eux, qu’on leur fasse quelques courses, etc. Et là, on ne sait pas où iront nos patients, ni même nous…le soir de Noël… »

Le service a été mis en place depuis 1975 mais est devenu spécifique aux pathologies lourdes et Alzheimer, depuis plus de 20 ans. Un service qui n’a jamais désempli ses 21 lits. « Ils ont trouvé la bonne excuse avec le départ du médecin qu’ils n’arrivent pas à remplacer, mais tout était prévu. Là, on discrédite une nouvelle fois l’hôpital public…Et c’est toute la société qui paiera le prix fort de cet abandon du soin en France. »

Une rencontre avec la direction qui a duré une heure trente

L’entretien avec la direction aura duré ce jour un peu plus d’une heure trente. « On essaie de nous rouler dans la farine. Le directeur nous dit qu’il a été au courant du départ du médecin la semaine dernière, alors qu’il a prévenu par courrier en juin. » La direction a expliqué mettre en place un protocole de suivi jusqu’au 1er novembre avec l’actuelle médecin et qu’ensuite un médecin sera détaché à mi-temps jusqu’au 1er janvier, avec au moins un interne. « La direction refuse de dire qu’il s’agit d’une fermeture, mais quand on supprime 21 lits sur 21, ça ne s’appelle pas autrement. » Expliquent les syndicalistes présents à la réunion.

100% de grévistes

« Ils veulent faire un hôpital de jour, c’est sûr c’est plus lucratif. Au lieu de 21 personnes en long séjour, on verra chaque jour des dizaines de patients avec plus d’actes à chiffrer et donc une meilleure rentrée d’argent. Mais l’hôpital public est là pour être rentable ou pour soigner ? » Questionnent les salariés, qui ont décidé à 100% de se mettre en grève.

« On ne lâchera pas notre service. On sait très bien ce qu’il se trame, d’autres services comme Berlioz ou Gergovie sont aussi sur la sellette. Ici, on pense à nos patients. On nous dit qu’on va les mettre au service Ravel qui déborde déjà. On ne croit plus en ce discours. Ils ne veulent pas trouver de solutions, juste fermer les lits qui coûtent cher. Au détriment du soin. On a signé pour soigner pas pour rentabiliser l’hôpital. Notre service ne fermera pas. » Expriment-ils d’une même voix.

*les prénoms ont été modifiés pour la protection des salariés

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