« Il faut que l’expression OQTF disparaisse du vocabulaire français »

Ce vendredi, une conférence de presse était organisée par les associations et les organisations syndicales au Centre Jean Richepin. Les participants sont revenus sur la mobilisation contre des OQTF qui visent plusieurs jeunes.

C’était il y a à peine quelques heures. Dans la très bien nommée salle des Droits de l’Homme, une conférence de presse s’est tenue au Centre Jean Richepin. Autour de la table, des syndicats (SUD, CGT, FSU), des associations (Ligue des Droits de l’Homme, Amnesty International, RESF), des professeurs, des familles et des bénévoles.  Tous ensemble, ces derniers sont revenus sur le cas de trois jeunes majeurs visés par des OQTF (Obligation de quitter le territoire français) et sur la mobilisation en place pour les soutenir.

Une mobilisation large

Vendredi dernier, un rassemblement avait lieu devant le lycée professionnel Pierre-Jöel Bronté pour soutenir Ali, jeune qui y est scolarisé mais qui est pourtant menacé d’expulsion. Devant les grilles, une foule s’est massée et a montré l’ampleur de l’engagement des citoyens et du milieu de l’éducation.

Ali est donc élève au lycée Pierre-Joël Bonté de Riom où il est en 2ème année de CAP Charpente. Il s’est fait arrêter par la police lors d’un contrôle d’identité se retrouvant alors sous le coup d’une OQTF et d’une IRTF (Interdiction de revenir sur le territoire français). Il était en attente d’une réponse de la préfecture concernant sa demande de titre de séjour.

Ali est scolarisé depuis presque 3 ans. Il a signé un contrat jeune majeur avec l’Aide Sociale à l’Enfance ainsi qu’un contrat d’apprentissage. Son assiduité et son volontarisme lui ont permis d’acquérir les compétences professionnelles nécessaires à son futur métier. Le chef d’entreprise s’est d’ailleurs engagé à l’embaucher après l’obtention de son diplôme.

Deux autres élèves

À l’heure où l’on parle, deux autres jeunes sont sous le coup d’une OQTF. Dieu-Merci et Mohamed. Les deux jeunes hommes ont fait appel de la décision.

Mohamed est arrivé à Clermont-Ferrand en 2018, il avait 16 ans. Le 2 février 2022, alors qu’il tente de reconstruire sa vie ici, il reçoit un refus de titre de séjour assorti d’une OQTF. Mohamed a 30 jours pour quitter la France. En Côte d’Ivoire, orphelin, il est sous le joug de sa belle-mère qui lui fait subir violences et privations. Alors qu’il n’a que 14 ans, pour échapper aux maltraitances, il suit un voisin qui part chercher du travail au Maroc. Le Mali, la Mauritanie, puis l’arrivée au Maroc.

Il y passe 1 an et demi, jusqu’au soir où son compagnon de route l’emmène sur les bords de la Méditerranée. Malgré son refus d’embarquer, il est poussé de force dans un Zodiac. La traversée dans l’effroi, l’espoir lors du secours par un bateau espagnol, le repos en Espagne, puis à nouveau la route, direction la France dont il aime la culture et parle la langue.

Clermont-Ferrand

Au gré des rencontres et des aides, il avance : Almeria, Cadix, Madrid, Bilbao, Bayonne, Paris, Clermont-Ferrand. À Clermont, avec le soutien de la Ligue des Droits de l’Homme et de Réseau Education Sans Frontières, il peut imaginer un avenir. Il s’investit dans les cours de remise à niveau donnés par les bénévoles. Il anime régulièrement une émission sur Radio Campus et écrit dans un fanzine, Faratanin Fraternité.

À la rentrée 2019, il est scolarisé à Brassac-les-Mines pour préparer un CAP Commercialisation et services en Hôtel-Café-Restaurant. Il obtient sans problème son diplôme en juin 2021. Il se prend de passion pour son métier de serveur. Tous les patrons chez qui il fait ses stages lui signent des promesses d’embauche. Le Conseil départemental du Puy-de-Dôme lui exprime sa confiance en lui signant un Contrat Jeune Majeur. Mais la préfecture du Puy-de-Dôme en a décidé autrement.

Non-sens

Mohamed a réussi son CAP en hôtellerie-restauration. Un secteur en tension qui peine à recruter. Cette réalité et les qualités du jeune homme font que ce dernier a enchainé les propositions de postes. Mais pour travailler, il faut des papiers. Les opportunités lui échappent. Ali aussi, a une promesse d’embauche. « C’est une aberration, ces jeunes font de leur mieux pour s’intégrer, c’est du gâchis », réagit une membre d’REFS.

Loterie

Pour ces jeunes venus chercher une vie meilleure en France, le quotidien est compliqué. Beaucoup vivent dans les squattes et certains tombent en dépression à force de vivre dans la peur, la précarité et de se battre contre une administration cloitrée et inhumaine. Pour beaucoup, le combat pour obtenir des papiers est une loterie. Ali a reçu son passeport juste avant sa majorité mais a été convoqué par le tribunal après. Mohammed, lui, l’a reçu juste après ses 18 ans. Un cercle vicieux. Des aller-retours sans fin à Paris. Des barrières qui s’ajoutent aux barrières.

Lorsque ces jeunes arrivent, le Conseil départemental est en charge de les examiner. Pour cela, il soustraite à une association, l’ANRAS. Les mineurs doivent prouver leur âge. Le temps d’obtenir cette preuve, des années parfois, ces derniers ont atteint la majorité et ne peuvent plus être placés.

On nous raconte : « on reproche à certains de trop bien parler le français et que donc, ils sont forcément majeurs. On reproche à d’autres de ne pas assez bien parler la langue et comme on ne les comprend pas, on les accuse de mentir ou de calquer leur histoire sur celle du voisin ». Dans les deux cas, les jeunes sont livrés à eux-mêmes.

Le non-sens est aussi économique. Toutes ces démarches coûtent du temps, de l’argent et de l’énergie. Ces jeunes, qui ont pour la plupart suivi une formation pourraient travailler, dans les métiers en tension notamment. Ils sont une richesse. Ils pourraient consommer, rendre ce qu’on leur a apporté. Au lieu de ça, des OQTF sont prononcées. Chaque expulsion aurait un coût de 20 000€ selon la CIMADE.  

Succès

Face à cela, des pétitions ont été mises en ligne pour accompagner les mobilisations sur le terrain. Hier, le 21 avril, l’une d’elles a porté ses fruits et le jeune Ali a vu son OQTF levée. Le préfet a annoncé qu’il allait réexaminer la demande de titre de séjour. En attendant, Ali a un récépissé. « Si on en est là aujourd’hui, c’est grâce à l’énorme mobilisation qu’il y a eu derrière lui », confie une membre d’RESF. Mais pour elle, « on est bien conscients que si on en a sauvé un, il en reste plein d’autres à sauver. Ces jeunes, quand ils sont majeurs, il faut qu’ils deviennent invisibles, ils n’ont pas le droit de vivre, ils ont une épée de Damoclès au-dessus de la tête, ça s’appelle une OQTF ».

Faire feu de tout bois

Quelqu’un prend la parole. Elle est bénévole accompagnante. Cette dernière souligne le travail des bénévoles qui accueillent, accompagnent et donnent des cours. Elle a tant raison. Ces petites mains aux grandes actions assurent une mission de service public.

Tous autour de la table sont conscients. Si Ali s’est accordé un sursis, le combat continue. Depuis des semaines, syndicats, associations, professeurs, citoyens et élus, comme la député Christine Pirès Beaune ont appuyé la mobilisation. « C’est la méthode RESF, quand il y a une OQTF, on fait feu de tout bois », explique un militant.

Syndicats et associations demandent aujourd’hui au Préfet la levée des OQTF qui frappent Mohamed et Dieu-Merci. Dans le département, une quarantaine de jeunes mineurs ont été déclarés majeurs. Ils sont environ le même nombre à réellement avoir plus de 18 ans.

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