Rassemblés contre les expulsions

Mardi 7 juin, un rassemblement a eu lieu devant la préfecture à l’appel du réseau Éducation sans frontière pour dénoncer les expulsions qui planent sur plusieurs personnes dans le territoire. Une délégation a été reçue.

Ces derniers mois, on ne compte plus les enfants, parents ou étudiants menacés d’expulsion. Face à une situation jugée de plus en plus urgente, le collectif RESF (Réseau Éducation Sans Frontières) avec la Ligue des Droits de L’Homme, la Cimade, le Collectif Citoyen 63, l’UNEF, la FSU, la CGT Educ’action, SUD Éducation et d’autres structures, ont organisé un rassemblement devant les portes de la préfecture du Puy-de-Dôme à 18 heures. Près de 150 personnes ont répondu à l’appel pour dénoncer les OQTF (Obligation à Quitter le Territoire Français) à l’encontre de jeunes majeurs ou d’élèves mineurs par le biais de leurs parents.

Ali, Mohammed et Dieu-Merci

Fin avril, les enseignants du lycée professionnel Pierre-Joël Bonté à Riom se mobilisaient pour défendre plusieurs de leurs élèves frappés d’une OQTF.

Ali est en 2ème année de CAP Charpente.  Il s’est fait arrêter par la police lors d’un contrôle d’identité. Mohammed est arrivé à Clermont-Ferrand en 2018 du haut de ses 16 ans. Le 2 février 2022, il reçoit un refus de titre de séjour accompagné d’une OQTF. En Côte d’Ivoire, orphelin, il est sous le joug de sa belle-mère qui lui fait subir violences et privations. Alors qu’il n’a que 14 ans, pour échapper aux maltraitances, il suit un voisin qui décide de partir. Actuellement, le dossier de Dieu-Merci est en cours. Celui de Mohammed est en voie de régularisation. Ali, lui, a été régularisé.

Abdulaye et Abdulaye

Ali, Mohammed, Dieu-Merci, Abdulaye et Abdulaye. Dire leurs noms est important. « Un jeune majeur », « un élève » : des termes qui souvent, noient ces vies et ces histoires. Il est nécessaire de dire leurs noms tant la joie des bonnes nouvelles est de courte durée . Ces noms, de nouveaux prennent la place des anciens dans les communiqués de presse et les tracts. Ali est régularisé. Abdulaye et Abdulaye sont menacés.

Ils sont tous les deux nés en 2002. En Guinée. Ils vivent tous les deux en France. Y étudient et y cherchent du travail. Mais les deux jeunes n’ont pas de passeport. La Guinée n’en délivre plus depuis plus deux ans. Ils sont majeurs et doivent obligatoirement avoir un titre de séjour. Mais sans papiers, c’est impossible.

Ana et Mate

Il y a une semaine jour pour jour, un rassemblement avait lieu devant l’école Jean Butez de Clermont-Ferrand. Ana et Mate, 9 et 5 ans, sont sous la menace d’une expulsion. Leur père s’est fait arrêter et a été conduit en centre de rétention à Nimes. Ce dernier est en mauvaise santé et celle-ci pourrait fortement se dégrader s’ils retournent en Géorgie. La famille était présente ce jeudi devant la préfecture.

Gentian

D’autres enfants sont dans la même situation. Gentian est en CM2. Il a quitté le Kosovo à 3 ans. Sa scolarité, il l’a toujours faite en France. Entre temps, il a eu trois petites sœurs. Toutes Françaises. Mais Gentian, lui, pourrait retourner au Kosovo, avec son père. « Ces parents se battent pour leurs enfants. Je ne peux pas accepter ça. », indique un professeur de CM2 de l’école Pierre Brossolette, à Riom.

« Ils vivent ici, ils restent ici »

La liste s’allonge encore. À Cournon, une mère seule est sous la menace. Les organisations expliquent que cette dernière a vécu l’horreur dans son pays d’origine. Ses deux enfants vont à l’école à Cournon.

Deux enseignantes menacées

Enfin, le cas de deux contractuelles Algériennes du Lycée Paul Constant de Montluçon est également abordé par les militants. Ces dernières se sont vues refuser le renouvellement de leur titre de séjour. Face aux menaces d’expulsion à répétition, une délégation a demandé à être reçue par le Préfet. En attendant le compte-rendu des représentants, les prises de parole se sont enchainées sur le parvis.

« Ces garçons ont toutes les raisons de rester ici. », s’exclame un militant, au micro. « On est tous ici pour le droit à l’éducation. La France se targue de scolariser tous les enfants. À Clermont-Ferrand, si on y arrive, c’est de haute-lutte. », ironise une autre. L’UNEF dénonce l’absence de droit à l’erreur dans les universités pour les étudiants étrangers. À plusieurs reprises, les participants pointent du doigt le délit de solidarité. Très vite, on aborde le procès d’Éric Durupt. C’était il y a deux jours. Ce dernier est accusé d’outrage sur un représentant de l’autorité publique pour des propos tenus sous l’émotion, après une grève de la faim de trois semaines en soutien à Madama, jeune Malien menacé d’expulsion. « Pierre par pierre, mur par mur, nous détruirons les centres de rétentions. » reprend la foule avant que plusieurs fillettes ne prennent le micro pour clamer « Ils vivent ici, ils restent ici ».  

Jouer la montre

« L’écoute a été attentive et ils n’ont fermé aucune porte. ». La délégation vient de sortir et fait le bilan. Pour autant, rien n’est acquis. « Pour les deux Abdulaye, ils réexaminent les dossiers. Nous n’avons pas de réponse sur les autres situations. », explique un militant d’RESF.  « Ils jouent la montre. Mais il y a des personnes qui attendent, qui vivent un cauchemar. Un père est en centre de rétention, une mère vit seule. Le préfet veut prendre le temps d’examiner mais ces gens-là n’ont pas le temps eux. », ajoute ce dernier. Le mot de la fin est apparait comme une évidence : « on continuera la lutte ».

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