La distribution de violentomètres dans les boulangeries autour de Clermont-Ferrand

Mercredi 24 mars, Anne et Gaëlle, du collectif NousToutes63, ont fait une distribution de sacs à pain préventif contre les violences faites aux femmes. Les deux militantes ont fourni des violentomètres et numéros d'urgence dans trois boulangeries autour de Clermont-Ferrand, à Murol, Champeix et Perrier. Retour sur les objectifs de cette journée.

A 14h30, les militantes partent en direction de Murol, vers la boulangerie « Le Fournil du Château ». Durant le trajet d’une trentaine de minutes, le sujet des violences faites aux femmes est vite abordé. « Pour 41% des féminicides, la femme assassinée avait déjà porté plainte au moins une fois auparavant. Il est temps que les procureurs prennent leurs responsabilités. » explique Gaëlle. La militante féministe s’insurge de cette justice inégalitaire. « Quand mon ex mari n’a pris que du sursis, j’ai pleuré. Mon avocate m’a dit que j’avais déjà de la chance. Parce que ces hommes ne sont jamais condamnés aux 15 ans de prison prévus par la loi. » C’est pourquoi ce genre d’actions doivent permettre aux femmes d’être sensibilisées sur ce qui est normal ou non dans une relation. Mais comment le violentomètre permet-il cela ?

Le violentomètre et les objectifs de l’action

Le violentomètre est un outil simple pour « mesurer » si la relation amoureuse est basée sur le consentement et le respect mutuel des personnes. Il permet d’évaluer le degré de violence potentiellement subie au sein du couple. Le violentomètre a donc été imprimé sur des sachets pour les baguettes de pain. Au recto du sac, les numéros d’urgence à appeler en cas de problème. Bien que cette opération, d’envergure nationale, a permis de récolter 615 000 sacs à distribuer sur toute la France, cela représente seulement 4 200 sachets pour tout le Puy-de-Dôme. Le collectif NousToutes63 a donc dû faire des choix.

« D’habitude on fait des actions sur Clermont-Ferrand pour se donner de la visibilité, parce qu’on peut avoir un impact sur un grand nombre de personnes. Mais cette fois-ci on a décidé de mener cette action en dehors de Clermont-Ferrand, d’aller vers les zones blanches où les femmes sont peut-être plus isolées » expose Gaëlle. Cournon, Thiers, Chamalières, Mauzat, Aulnat, Riom et d’autres communes aux alentours de Clermont-Ferrand sont donc concernées. « A la fin, on fera une carte du Puy-de-Dôme avec toutes les boulangeries référencées. » poursuit Gaëlle.

« On a conscience que ces sachets partiront en une journée et c’est pourquoi nous demandons aux mairies de prendre le relais de cette initiative » présente Anne. « C’est frustrant de ne pas pouvoir en donner à toutes les boulangeries, même si chacune des militantes y met un peu de sa poche. » Au niveau national, plus de 55 mairies se sont déclarées intéressées pour reproduire l’initiative localement. Pour les militantes, ce genre d’actions fait petit à petit reculer le patriarcat. Elles permettent de faire prendre conscience, aux femmes comme aux hommes, que ce n’est pas à la victime de ressentir de la honte, mais bien à l’agresseur. Que la victime n’est pas en tort et doit être aidée.

« Les médias jouent aussi un rôle énorme parce qu’ils permettent de nous donner une visibilité et de mettre les gens face à des réalités qu’ils ne connaissaient pas » explique Gaëlle. « Ils ont permis de refaire connaître le clitoris qu’on avait invisibilisé. Ils utilisent aussi le terme de féminicide, ce que le code pénal et les procureurs refusent de reconnaître. On parle pourtant bien d’infanticides pour les enfants. Alors pourquoi ils insistent à définir les féminicides comme des homicides conjugaux ? Pour moi, on se fout de notre gueule » s’insurge la militante.

Les boulangeries solidaires de l’action

Trois boulangeries ont accepté d’être solidaires de l’action. A Champeix, Marilyne des « 3 épis Auvergnats », explique pourquoi elle soutient l’action : « Ça me paraît normal. Les violences conjugales ne devraient pas exister. » Irina, gérante du « Fournil du Château », ajoute : « Je ne suis pas militante, ça ne me viendrait pas à l’idée d’aller en manifestation. Mais quand les actions viennent à moi, je monte dans le wagon ! » Pour cette dernière, ce violentomètre va être bénéfique pour l’entourage. « Peut-être que des parents se rendront compte que le mari de leur fille la limite au niveau de sa liberté, de sa façon de s’habiller etc. et seront plus alertes. Plus que les couples eux-mêmes. » Le gérant du « Fournil de Perrier », Mr. Hette défend aussi la libéralisation de la parole : « Il faut en parler. On a vécu ça dans ma famille et c’était tabou. Les mœurs évoluent mais la justice est trop longue. »

Mais pour ce qui est du recul du patriarcat grâce à ce violentomètre, les avis sont mitigés. « Je n’y crois pas un brin. Il faut que ce soit l’éducation qui change les mentalités, la prévention doit se faire bien plus tôt. Les hommes qui changent sont en général très bien entourés pour ça aussi. Ça changera quand la société arrêtera de nous mettre dans des cases roses ou bleues dès l’enfance »
exprime Irina. « Pour moi oui, on le voit déjà. Les femmes libèrent leur parole et montrent que ce n’est pas normal. Beaucoup plus qu’il y a dix ans. Ce genre de petites actions permet aussi d’en parler entre nous, voisins et connaissances. » explique le gérant de la boulangerie de Perrier. « Mais oui l’éducation est évidemment importante. On reproduit souvent les schémas des parents. » conclut-il.

Les boulangers sont en tout cas satisfaits de l’aspect de leurs nouveaux sacs à pain. « Il est joli et le message est clair. La zone orange est caractéristique de ce qu’il se passe dans beaucoup de couples. 90% des hommes que je connais ont déjà dit à leur femme qu’elle était folle« . Pour la boulangère, « si ça crée deux ou trois disputes de couples, c’est qu’ils avancent mais qu’il faut rester vigilant ». Pour ce qui est des numéros d’urgences inscrits sur le sachet, aucun boulanger ne les connaissait. Ils en avaient simplement entendu parler. « Je pense que le fait que ce soit anonyme peut aider à faire réagir les gens. Même moi, pour des renseignements ou pour chercher conseil plus facilement si je suis témoin. » explique Irina.

Si vous vous posez des questions sur votre relation, n’hésitez pas à appeler le 3919, de manière anonyme ou non, pour vous renseigner ou vous faire aider. Et comme le dit la boulangère Irina en plaisantant : « Être un mec macho en 2021, c’est trop pas à la mode ! Ce sont eux qui devraient avoir honte de leur lifestyle ! »

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