Le 15 janvier dernier, Mediacoop écrivait un article sur la grève des salariés de l’Adapei, à retrouver ici. Ils contestaient le nouvel accord proposé par leur direction. Ce dernier leur retirait des droits existants dans l’ancien accord et dégradait leurs conditions de travail, déjà difficiles. Après 47 jours de grève, un nouvel accord va être signé aujourd’hui. Retour sur un mois et demi de négociations.
Le goût en bouche est amer. « On a sauvé quelques meubles mais on ne sort pas vainqueurs » présente d’une voix fatiguée Cédric Depalle, délégué syndical CFDT. « On a le nez dedans depuis 1 mois et demi mais le bilan reste mitigé » poursuit-il. Demain, les représentants syndicaux présenteront le nouvel accord proposé aux salariés à 11h30. « Il faudra qu’on soit vigilants. On prendra le temps de tout relire pour que le texte soit clair et bien défini » explique Cédric. Car pas question de laisser voix à l’interprétation au sein de chaque établissement. D’autant plus lorsque la grève n’a pas abouti à une préservation totale des droits des employés.
Une perte de droits
Dans les pertes à déplorer, les congés « enfants malades ». L’ancien accord prévoyait 6 jours par salarié et par enfant malade, soit 6 si on a un enfant, 12 si on en a deux etc. Le nouvel accord sera de 6 jours par salarié et non plus par enfant. Ce droit sera étendu aux enfants malades en situation de handicap de tout âge et au conjoint malade, avec justificatif.
Les congés trimestriels seront en partie retirés. « La convention collective va varier les congés trimestriels selon le secteur socio professionnel. Un éducateur aura 6 jours par trimestre, alors que les administratifs, les infirmières n’en auront que 3 par trimestre. Si cela représente peu de personnes, ça reste une semaine de congés perdue sur l’année pour ces employés » expose Cédric. Ces congés trimestriels concernent uniquement les établissements du secteur enfant.
Au niveau du secteur adulte, « la sixième semaine de congés payés sera supprimée. Elle avait été instaurée dans un besoin d’équité avec le secteur enfant, qui a des congés trimestriels plus longs. » L’argument de la direction serait que ce sont des congés non financés par l’ARS ou d’autres organismes partenaires. Cela coûtait donc trop cher à l’Adapei. « La direction nous a proposé deux jours de congé au lieu de cinq. Ceci avec une prime de 130 euros par an sur 3 ans. On a expliqué que le temps de repos était un besoin, qu’il ne s’achetait pas. Elle a donc proposé trois jours au lieu de cinq » détaille Cédric, présent aux négociations. Les représentants syndicaux ont ensuite présenté ce projet aux syndiqués, qu’ils ont fini par accepter. « Sauf que la plupart des personnes concernées étaient réquisitionnées, donc ce choix n’est pas représentatif » explique le délégué syndical.
Des réquisitions abusives ?
Les réquisitions durant cette grève ont d’ailleurs suscité de vives réactions parmi les grévistes. Sylvie, salariée depuis 25 ans au sein du secteur adulte, raconte. « La direction réquisitionne tellement que les collègues nous disent qu’ils n’ont jamais eu des conditions de travail aussi agréables ! Alors que d’habitude on est en sous-effectif, on n’a jamais eu autant de monde en train de travailler simultanément. On se demande si on ne devrait pas faire grève toute l’année ! » plaisante-t-elle à moitié. « Sans les réquisitions, on était 400 ici au début, plus tous les blocages dans les établissements sur le territoire. Maintenant on est 50 à la permanence, c’est désespérant » explique la cégétiste. Les réquisitions servent donc à bloquer la grève et continuer à faire travailler les salariés mécontents.
Menaces et revendications ignorées
Les grévistes se sentent aussi menacés et non entendus par la direction. Une médiation organisée par le préfet avait même été nécessaire car la direction menaçait non seulement ses salariés, mais aussi les familles adhérentes à l’Adapei. « La médiation a permis d’ouvrir un dialogue qui était inexistant. Il y a eu trois réunions et je pense que les médiateurs ont calmé le jeu, surtout pour les familles » explique Sylvie. D’après les grévistes, les familles voyaient leur place menacée si elles défendaient les salariés. Eux-mêmes sont régulièrement convoqués à des réunions de recadrage. « La médiation a permis de reprendre des bases légales aux négociations mais ce n’était pas ce à quoi on s’attendait. Ils avaient une position très neutre, ils ne se sont pas intéressés au fond du problème » décrit Cédric. « Et malgré le soutien des familles et d’élus, la direction fait des propositions aux salariés qui sont en-dessous des revendications. »
Et dernièrement, « on nous a menacés, nous exigeant de signer avant vendredi sinon tout l’accord négocié serait annulé pour revenir à celui proposé au départ » se soucie Cédric, le délai légal de 15 mois de négociations approchant à grands pas. Or la direction a tout fait pour repousser ces négociations et souhaite maintenant les abréger. Si les syndicalistes veulent que l’accord soit clarifié avant la signature, c’est par crainte que des interprétations soient faites entre chaque établissement.
Une direction procédurière ?
« Même pour appliquer des droits basiques au sein des établissements, c’est la croix et la bannière. Et on a la direction centrale qui change l’accord de base. Si on décide d’un accord, il faut qu’il soit appliqué à chaque structure, il ne faut pas qu’il y ait des variations » expose Sylvie, qui explique que les directeurs d’établissement sont eux-mêmes sous pression. « Une commission de suivi de l’accord pourra être saisie à tout moment pour un désaccord ou une différence d’interprétation » explique Cédric. Le nouvel accord fait 110 pages, « il faut faire attention à chaque mot. La direction est très procédurière, il faut donc trouver les failles dans lesquelles ils vont tenter de s’engouffrer pour ne pas respecter nos droits » conclut Patrice Defond, délégué syndical FO.
Les points « positifs »
Parmi les meubles sauvés, « la journée continue », menacée car la direction voulait rendre les emplois du temps des salariés flexibles. Elle voulait notamment qu’ils travaillent en deux fois dans la journée pour ne pas avoir à prendre en charge leur pause du midi. « Mais la direction a tout de même élargi les bornes horaires des journées de travail, donc on verra comment ils organiseront notre emploi du temps avec ça« s’inquiète le délégué CFDT. Seuls les employés de l’administratif en seront privés. « Pour la direction, une secrétaire n’a pas besoin de faire des journées continues. Mais elle est inscrite dans le contrat, la direction ne peut pas les obliger à faire des journées discontinues. Sinon, nous iront aux Prud’hommes » présente Cédric.
Autre bonne nouvelle, le président de l’Adapei, qui n’a ni participé aux négociations, ni fait de communiqué, ne le sera bientôt plus. M.Mayet terminera au printemps son second mandat et devra donc être remplacé. « Il peut quitter ses fonctions au plus vite, puisqu’il applique des stratégies économiques qu’il a apprises à Michelin, où il était auparavant. Il est responsable de beaucoup de modifications qui ne nous conviennent pas. On espère que son successeur sera plus dans une vision sociale et associative de l’Adapei » exprime Cédric, en colère.
« Moralement, ça aura bien atteint les gens et ça va se ressentir dans la motivation au travail. Quand il faudra mettre un coup de fouet, ben faudra pas espérer qu’on se bouge coco ! » s’exclame Sylvie. Même si le moral est bien bas chez les « adapeistes », mot écrit sur le t-shirt de Sylvie, « le point positif c’est le lien qui s’est créé entre les salariés des différents établissements. On est souvent loin les uns des autres, on fonctionne différemment, et cette grève nous a tous rapprochés. On s’entraidera plus maintenant » conclut Cédric.