Plus de justice et d’éducation : les revendications de la journée internationale contre les violences faites aux femmes.

Le 25 novembre à 18h, place de Jaude, entre deux-cents et trois-cents personnes se sont rassemblées pour la journée internationale des luttes contre les violences faites au femmes. Derrière la colère exprimée face à ces violences, les manifestant.e.s féministes ont surtout deux objectifs : plus de moyens pour l’éducation vis-à-vis de l’égalité des genres et plus de prise en charge pour les victimes de sexisme.

Dans une ambiance festive, autant de femmes que d’hommes étaient présents à la manifestation contre les violences faites aux femmes. Durant près de deux heures, malgré les raisons pour lesquelles ils ont manifesté, ils ont surtout chanté, dansé contre ces violences. Organisée par le collectif du 8 mars toute l’année, composé de nombreuses organisations syndicales, politiques et associations, la manifestation a débuté par un récapitulatif des violences subies par les femmes dans le monde. Le collectif a donc parlé de la situation en Europe mais aussi en Amérique, où le nombre de féminicides a explosé ces dernières années. « Aujourd’hui, les filles et les femmes représentent 72% des trafics humains dans le monde. En France, 92% des parlementaires témoignent qu’elles ont subi des violences sexistes durant leur mandats. En Pologne, face à la quasi interdiction au droit à l’avortement survenue en octobre dernier, ce sont des milliers de femmes qui se sont mobilisées. Depuis, le gouvernement a pris peur et a suspendu la décision… pour le moment. » commence le collectif. Au Mexique, ce sont dix femmes qui sont assassinées chaque jour. Mais les nouvelles ne sont pas que mauvaises : « En Bolivie les femmes ont été des protagonistes majeures pour le retour à la démocratie en défendant un « Feminismo comunitario, antipatriarcal y decolonial ». Au Chili les féministes, au cœur du soulèvement populaire, imposent la parité aux élections pour la Constituante. » déclare le collectif du 8 mars toute l’année.
La journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes est adoptée par l’ONU en 1999. Vingt-et-un an après sa création, les constats faits par les femmes sont bien souvent malheureusement les mêmes : « Il y a eu 146 féminicides l’année dernière en France, 87 depuis le début de cette année. Et dans la grande majorité des cas, les femmes sont agressées par une connaissance, un proche. J’ai pas les mots pour exprimer ma colère et ma tristesse. C’est horrible de mourir juste parce qu’on est une femme. » exprime Mélanie, 23 ans, qui brandit une pancarte « On ne rasera ni les murs, ni nos chattes ! » « Il faut aussi parler des femmes trans qui subissent mille fois ce qu’on supporte nous, il me semble que l’espérance de vie d’une femme trans est de 45 ans. C’est choquant. » poursuit son amie Milena, 23 ans aussi. Sarah a trois pancartes : L’une d’elles affiche justement « A nos sœurs trans », quand celle dans son dos dit « Il m’a violée. J’avais 16 ans. » « A l’époque, j’ai pas mis le mot viol dessus. J’ai compris que bien après. C’est tellement institué ce genre de violences et traumatismes que tu ne le qualifies pas. C’est arrivé deux fois en réalité mais la deuxième fois, je ne m’en souviens que par bribes. J’ai des flashs mais j’ai énormément refoulé cet acte de ma mémoire. Quand les mecs me disent qu’ils préfèreraient mourir que d’être violé, ben nous on doit vivre avec, et sans la satisfaction d’avoir obtenu justice. » Pour elle, la violence qu’elle subit le plus, c’est le rapport des individus à son corps : « En tant que meuf non binaire et lesbienne, je subis aussi un jugement permanent. J’en peux plus de devoir faire face à l’objetisation de nos corps, soit fantasmés, soit rejetés. On est pas des objets.« 

Pour de nombreuses militantes, la solution sur le long terme, c’est l’éducation : « Il faut éduquer les gens, que ce soit en cours d’éducation sexuelle, au travail ou dans la police. Moi ça me choque d’entendre encore des filles dire, que quand elles tentent de porter plainte, la première question des flics c’est « qu’est-ce que tu portais ? » commence Mélanie. « Oui et puis même en cours d’éducation sexuelle à l’école, on nous a appris ce qu’était un pénis, c’est tout. On ne nous apprend rien sur la sexualité des femmes. On ne parle jamais du clitoris alors que ça fait depuis le XVIème siècle qu’on sait qu’il existe ! » poursuit Milena.
Sur le court terme, elles réclament plus de moyens : « On veut aussi plus de moyens pour que les victimes de violences conjugales ou sexuelles soient prises en charge. Le problème c’est que la justice nie ces violences aujourd’hui. On te demande de faire un prélèvement juste après ton viol, mais qui va voir un gynécologue après avoir été traumatisé sexuellement ? Personne. » explique Milena. « Il devrait y avoir des condamnations bien plus justes » s’insurge Sarah, « Il n’y a pas de sanctions assez fortes contre les violences sexuelles. Parfois ce n’est que du sursis. Il faudrait des peines de 10, 15 ans de prison pour des viols. Et le pire, c’est qu’en 2020 on se demande encore, dans certains cas, si la pénétration a été assez profonde pour considérer l’acte comme un viol ?! C’est n’importe quoi. La justice ne fait pas son taff. » Le collectif du 8 mars toute l’année déplore le même constat : « Une victime de viol sur dix portera plainte et seulement une plainte sur dix aboutit à une condamnation. Une victoire a toutefois été gagnée récemment : Jonathan Daval, qui avait assassiné sa femme en 2017 pour la faire taire, a été condamné à vingt-cinq ans de prison le 21 novembre dernier. Certes, il ne fera peut-être que dix ans, mais c’est déjà une victoire symbolique pour nous.« 

Mais la crise sanitaire actuelle isole d’autant plus les femmes victimes de violences sexiste. Les femmes sont en aussi majoritaires dans les emplois de première ligne face au virus, que ce soit dans les hôpitaux, les Ehpads, dans l’enseignement ou l’aide à domicile. Elles font face à des conditions de travail qui sont précarisées et exposées au virus. « Je pense que le confinement peut augmenter voir déclencher les violences conjugales. Les femmes sont en première ligne pour subir cette épidémie de bien des manières différentes » constate Milena. « La crise sanitaire accentue toutes les inégalités, que ce soit les agressions dans la rue, les violences conjugales, la précarisation économique… J’ai l’impression que ces confinements « assoiffent » les mecs et qu’ils ne s’en rendent même pas compte. » conclut Sarah.

Face à la nomination du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et au refus du ministre de la Justice, Éric Dupont-Morretti, de reconnaître la notion de féminicide, les femmes s’insurgent : « L’électorat a été manipulé. Macron nous annonçait comme combat principal du quinquennat la lutte pour l’égalité homme-femme et en fait rien n’est mis en place. Notre ministre de l’Intérieur est misogyne. Le gouvernement a surfé sur la vague mais il s’en fout de notre cause. Même moi j’y croyais. On est déçues, dégoutées. » exprime Milena. Mélanie, qui demande s’il faut une version politiquement correcte ou une version crue, est en colère : « Moi j’ai envie de lui dire d’aller se faire voir au ministre de la justice. Le féminicide est un fait, s’il ne veut pas le reconnaître, c’est son problème. En plus, les gens n’arrêtent pas de dire que le sexisme est pire ailleurs qu’en France, et alors ? On doit s’en contenter ? Non ! C’est pas comme ça qu’on évolue vers un monde meilleur. » Sarah aussi, refuse catégoriquement ce genre de comportement de la part du gouvernement : « On arrive et le gouvernement n’est pas prêt. Pour moi, les députés mènent une guerre contre nous mais ils vont la perdre. Aujourd’hui ça nous fait du bien de nous réunir mais j’en ai marre qu’on nous invisibilise dans toutes les luttes sociales depuis toujours. Les femmes ont joué un rôle énorme dans l’histoire. Je trouve qu’elles ont été courageuses de rester pacifiques face aux agressions qu’elles ont subis, années après années. Je pense que le gouvernement devrait faire attention, parce que la patience a ses limites. Et on est bien plus fortes que ce qu’il ne pense.« 

Après les différents discours et témoignages, l’ambiance de la place s’est réchauffée autour de slogans chantés, de danses et de chansons féministes, comme « L’hymne des femmes », créée collectivement en mars 1971 par des militantes féministes à Paris. Un des slogans chantonné est « Nous sommes fortes, nous sommes fières et féministes et radicales et en colère ! » Les femmes reprennent aussi l’hymne international contre la culture du viol, « El violador eres tu », créé par les féministes chiliennes. Il dénonce l’impunité du viol encouragé par l’État, la justice, le patriarcat. Il est donc repris en fin de soirée, au rythme des battements dynamiques d’un tambour suivi par le chant et les danses des femmes en cercle. Au milieu de la foule, un petit garçon, sourcils froncés, brandit sa pancarte féministe en criant « Tuer les mamans, c’est méchant ! » Pour ce qui est de l’éducation pour lutter contre les violences faites aux femmes, ce petit garçon a bien montré qu’elle était en marche.

Pour aller plus loin :

Le Collectif du « 8 Mars toute l’année » regroupe : L’UNEF Auvergne, Solidaires Auvergne et Étudiant·e·s, l’UNL63, CGT63, FSU63, Osez le Féminisme 63!, Le Planning Familial63, Agile, la Ligue des Droits de l’Homme, Femmes et Hommes d’Avenir, Alternative Libertaire, le NPA, le PCF63, Ensemble ! 63.

Il demande que « Les violences sexistes, conjugales, économiques, sociales et symboliques envers les femmes doivent cesser, partout dans le monde ! » mais surtout que :

Que dès le plus jeune âge, il y ait une éducation à l’égalité et au respect entre les filles et les garçons ;
Qu’il y ait dans tous les établissements scolaires des séances d’éducation à la vie affective et relationnelle ;
L’augmentation du budget gouvernemental aux droits des femmes (en 2017, il équivalait à 0,006 % du budget de l’État) ;
La protection des victimes contre le licenciement et les sanctions ;
La construction de maisons des femmes dans tous les départements ;
Que le sexisme soit un délit au même titre que le racisme, l’homophobie… ;
Qu’on lutte contre toutes les formes d’oppression relative à l’orientation sexuelle ;
La mise en place de campagnes de prévention afin de faire évoluer les mentalités.

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