Les jeunes majeurs étrangers réclament un titre de séjour à la préfecture

Vendredi 26 mars, à 15h, une centaine de jeunes majeurs étrangers et leurs soutiens se sont réunis devant la préfecture. Ils demandaient l'obtention d'un titre de séjour, après plusieurs années en France avec de simples récépissés.

Un titre de séjour demandé depuis des années

« Y’en a qui sont régulés ici ? » « NON!! » s’exclame la foule devant le parvis de la préfecture. Cette foule, ce sont de jeunes majeurs étrangers, arrivés le plus souvent mineurs en France. Après avoir fait leur demande de titre de séjour pour avoir un travail et une vie décente, ces jeunes peuvent attendre des années pour l’obtenir. Tous les trois mois, ils reprennent donc le chemin de la préfecture afin d’avoir un récépissé qui atteste de leurs démarches de régularisation. Mais ce récépissé ne donne aucun droit à ces jeunes majeurs.

« Le récépissé ne permet pas d’avoir accès aux APL, à un emploi, au permis de conduire, aux diverses allocations » explique Martine Roussel, de RESF63. Un des jeunes manifestants qui tient le microphone décrit les conséquences d’une telle situation pour eux. « Pas de titre de séjour signifie pas de travail. Pas de travail, pas de logement, pas de santé, pas de dignité, pas de tranquillité, pas d’amour, pas de sagesse ! » s’exclame-t-il, exprimant les angoisses de chaque migrant.

Un refus au droit de vivre

Pour les manifestants, ne pas accorder de titre de séjour à ces jeunes, c’est leur refuser le droit de vivre : « La préfecture refuse de vous régulariser après avoir refusé de vous reconnaître comme mineurs en arrivant en France. On vous refuse le droit à l’éducation, à l’indépendance. C’est une situation indigne, car que ce soit un migrant ou un français, un jeune ne peut pas s’en sortir sans APL, bourses ou aides. De nombreux migrants vivent au jour le jour, sans parfois pouvoir manger ! » dénonce Paco de l’UNEF.

Quatre jeunes majeurs venus de Haute-Loire prennent la parole : « Nous sommes apprentis sans CAF ni aides pour vivre. On en a assez d’être payés un misère pour créer de la richesse à la France comme n’importe quel apprenti ! C’est de l’esclavage moderne de nous payer ainsi en nous refusant tous nos droits. Nous aussi on développe la société française par notre travail. On aime la France. Pourtant, 5 d’entre nous ont encore reçu une OQTF au Puy-en-Velay, malgré de nombreuses manifestations organisées. »

Les jeunes majeurs étrangers rappellent d’ailleurs les engagements de la France vis-à-vis des migrants : « La France a signé la convention de Genève le 28 juillet 1951. Elle définit les droits et devoirs des réfugiés. Or les pays européens tentent de supprimer les protocoles qui permettent la régularisation de réfugiés. La France est le pays des droits de l’Homme. Elle doit respecter ses droits et devoirs envers les migrants ».
Pour eux, ils font face à une ignorance et une injustice qu’il faut combattre.

L’éternelle question/réponse sur les raisons pour lesquelles un Homme migre.

Ils tentent une nouvelle fois d’expliquer pourquoi les migrations existent. « Les migrations ont toujours existé. Si nous sommes partis, c’est que nous n’étions plus en sécurité chez nous. Quand on nous pousse à bout dans la misère, l’humain va chercher une vie meilleure ailleurs. Mais personne n’a envie de quitter chez soi sans raison », expliquent plusieurs d’entre eux, souhaitant tout simplement une vie meilleure. Un autre jeune prend alors la parole : « On nous demande pourquoi on migre alors que les parisiens fuient le confinement et la Covid à la campagne. Ben nous c’est pareil, on part car on n’est plus bien chez nous. »

La Ligue des Droits De l’Homme explique ensuite que la majorité des migrations se font entre pays voisins, donc entre pays bien plus pauvres que la France. « Notre pays est bien plus apte à vous accueillir. Vous êtes très peu nombreux à venir jusqu’à nous lorsqu’on regarde les nombres de migrants dans le monde. Et la France a toujours été une terre d’accueil, de nombreux français ont des ancêtres migrants. Vive la mixité sociale ! »
clame Martine Roussel. La Ligue prévient aussi sur le fait que 4 centres de rétention sont en cours de construction en France.

L’exemple de la situation de Abdoul, jeune sénégalais réfugié en France.

Abdoul a 19 ans. Il vient du Sénégal. Il a traversé les déserts de l’Afrique de l’Ouest, dangereux à cause des conflits entre États et terroristes islamiques. Puis il a rejoint le Maroc, où il a fini par traverser la méditerranée. « Ça fait trois ans que je suis en France et plus d’un an que j’ai demandé un titre de séjour. » Abdoul ne se sentait pas en sécurité dans son pays natal : « C’est une dictature là-bas, l’injustice y est gangrénée. Je ne pouvais pas accepter cette misère provoquée par les politiques de mon pays, ni même envisager un avenir meilleur là-bas. Ici on a droit à l’éducation, à la liberté, au travail rémunéré décemment. »

Mais Abdoul désespère de trouver cet avenir meilleur en France : « Je dois étudier et travailler en même temps. Tous les trois mois, je dois revenir chercher un récépissé. On ne cesse de me mettre des bâtons dans les roues pour que je puisse construire mon avenir… » Pour lui, « il ne faut pas écouter les on-dit. Dans chaque groupe, il y a des brebis galleuses, mais cela ne représente certainement pas la majorité d’entre nous. Si on est ici, c’est d’abord parce que nous sommes humains. » conclut-il avec sagesse.

Onze chefs d’entreprise ont aussi signé une lettre ouverte destinée au préfet en faveur des apprentis étrangers. Une pétition est aussi en ligne pour les soutenir : http://chng.it/Fnj6BQbK

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