Amiante à Aubière, guerre médiatique déclarée.

En juin, lors d'une Assemblée générale du CAPER, nous prenions connaissance du scandale de l'amiante à Aubière. Après une enquête de plusieurs semaines, et avisés de notre expertise sur le sujet, (nous avons réalisé un film "Mine de Rien" abordant largement le sujet de l'amiante), nous avons écrit notre article. Et puis....

Et puis, en plein été, il ne s’est pas passé grand chose. L’article passait quasi inaperçu. Jusqu’à hier. En effet, alertés par la population, les médias nationaux sont venus sur place interroger le maire et ses opposants (habitants, associations…) sur cette question. Les journalistes de BFM et RMC ont pris connaissance de notre article, considéré comme complet, et ont repris des éléments.

Enquête de RMC et BFM

Hier matin, donc, sur le plateau des chaînes de télé précédemment citées, en présence d’un médecin, les journalistes dénoncent la présence d’amiante sur le terrain de rugby, situé à côté du collège.

Mille raisons à ça : destruction de cabanons, dépôts sauvages, etc. Mais les diagnostics sont formels. La médecine aussi : la présence d’amiante est avérée et dangereuse pour la santé, notamment sa poussière lorsqu’elle est inhalée.

Depuis notre article, en juillet, nous avons appris que les agents municipaux continuaient à y tondre la pelouse et que des habitants y faisaient leur footing tous les matins.

Silence de la presse locale

Nous étions donc soulagés que la presse nationale prenne le relais. Car la presse locale ne pipait mot.

Pourtant, le maire d’Aubière nous a confirmé en juillet avoir eu la visite des journalistes de La Montagne « qui n’ont pas fait d’article à la suite de notre entretien, puisqu’ils ont compris qu’il n’y avait rien à en dire. » Ces journalistes, à l’époque, n’avaient pas été voir ni l’association Le Caper, (Comité Amiante Prévenir et Réparer) qui avait déposé plainte pour « mise en danger d’autrui » , ni les agents, représentants du personnel ou même des habitants.

La Montagne n’avait pas non plus réagi, en juillet, après la parution de notre article.

20 minutes d’entretien avec l’opposition

Mais, hier, le journal local s’est réveillé, bousculé par le fait que les médias nationaux les doublent. Un jeune journaliste est donc envoyé au front, hier matin. Il appelle la représentante du Caper, qui le sermonne, en lui demandant ce que son journal avait fait tout ce temps. Ensuite, il rencontre un habitant, élu de l’opposition. Bien sûr, et c’est très légitime et éthique, il converse avec le maire d’Aubière, mis en cause dans cette affaire.

Il discute avec le Caper et l’opposant, une vingtaine de minutes puis rentre faire son article.

Le soir même, l’article sort.

Le journaliste a réalisé en quelques heures, un article. L’enquête nous avait demandé plusieurs semaines.

Nous sommes certainement très lents, mais tout de même…

Hier soir, donc, nos téléphones sonnent. Sonnés, les gens le sont aussi. Ceux qui dénoncent la présence d’amiante sont écœurés.

La parole donnée au maire

On se procure l’article en ligne. On y décèle la légèreté de l’enquête. Mais, La Montagne n’est pas un journal d’investigation. On y comprend aussi le parti pris du journal.

On serait mal placés pour dénoncer le parti pris des médias. D’ailleurs, Mediacoop est né, en ce sens. Evidemment, nous sommes pour le pluralisme de l’information. Nous avons créé Mediacoop pour montrer une autre information que celle détenue par La Montagne, journal-monopole de la région.

Nous sommes ravis que les gens puissent confronter les points de vue et appréhender leur propre avis.

Mais, cette fois, ça va un peu loin.

Le titre est interrogatif. Merci pour cette honnêteté qui révèle que le journaliste n’a pas la réponse au vu de la rapidité de son enquête.

Rapidement, la parole est donnée au maire, à quatre reprises, lui permettant de se défendre largement. Il se défend d’avoir stoppé le chantier après avoir été averti de la présence d’amiante. Certes. Mais, si le journaliste avait confronté son discours, il saurait que les agents sont retournés sur le terrain assez rapidement, et sans la formation adéquate. (Seules les entreprises de désamiantage sont autorisées à travailler sur un site pollué.)

Détourner le danger sanitaire en affaire politique

Le journaliste confronte les 4 diagnostics (3 de l’opposition et un de la mairie) sans prendre conscience que les prélèvements ne sont pas faits aux mêmes endroits et que les diagnostics payés par la CGT ou l’opposition démontrent parfaitement la présence d’amiante sur le site. Le diagnostic de la municipalité démontre plus 7 prélèvements positifs sur 9.

Puis, le journaliste explique que cette affaire est surtout politique. C’est d’ailleurs, là encore, le maire qu’il cite. Un maire qui remet en cause les diagnostics de ses opposants. Et dénonce un combat politique.

En dernier lieu, notre confrère donne la parole à un élu de l’opposition, inquiets pour ses enfants, collégiens. Mais, le journaliste tente même de le rassurer. personne n’y fera de sport sur ce terrain, le temps des travaux.

Une zone toujours à risque

Personne ? Pourtant, nous avons vu des joggeurs autour de la zone, des entreprises y travailler sans protection, des agents. Et il faut savoir que l’amiante est dangereuse quand elle est en poussière et donc foulée ou déplacée par exemple. Elle réside dans l’air. Pour être contaminé, il suffit de l’inhaler, de la respirer.

Aussi, nous demandons à La Montagne de ne pas prendre ce sujet à la légère. Il s’agit d’une véritable information. Sans mettre la responsabilité entière sur le maire actuel, sans dénoncer des hommes, il s’agit de prévenir d’une situation qui pourrait provoquer un scandale sanitaire.

Nous savons que la Presse Quotidienne régionale traverse des périodes difficiles, qu’elle n’a pas les moyens d’enquêter. De plus, Nous savons aussi qu’elle n’est pas libre ni indépendante, qu’elle n’est pas objective non plus (aucun media ne l’est), mais ce bâclage sur un sujet si grave est irresponsable.

Enfin, Nous sommes prêts à recevoir notre confrère, lui faire part de notre dossier, lui donner les éléments qui lui manquent très largement.

Un sujet qui mérite une véritable enquête

Il nous semble que notre métier est d’abord d’informer et non déformer. Qu’il n’est pas là pour être rentable mais juste. Qu’il est à destination de la société.

Nous n’avons pas tous cette envie dévorante de justice, de plume dans la plaie lorsque nous nous inscrivons dans cette profession. Mais, nous citerons en dernier lieu, la charte de Munich qui régit la déontologie de notre métier : « Respecter la vérité, qu’elles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître la vérité. »

NB: La photo de cet article représente la mise en place du feu d’artifice qui a été lancé ce week-end, de la zone amiantée. Les artificiers n’ont pas été mis au courant de la présence d’amiante.

Nos actionnaires, c'est vous.

Aidez-nous à rester gratuit, indépendant et sans pub :

1 réflexion sur “Amiante à Aubière, guerre médiatique déclarée.”

  1. Ping : Le diagnostic de la mairie d'Aubière confirme la présence d'Amiante sur les terrains près du collège. - MEDIACOOP

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Cet article vous a plu ?

Soutenez le Cactus !

Le journalisme a un coût, et le Cactus dépend de vous pour sa survie. Il suffit d’un clic pour soutenir la presse indépendante de votre région. Tous les dons sont déductibles de vos impôts à hauteur de 66% : un don de 50€ ne vous coûte ainsi que 17€.