« Reforme chômage, on n’en veut pas »

Mardi matin, 9H30, une poignée de militants s’est réunie devant le Pôle Emploi de Lavoisier, à Clermont-Ferrand. Ils entendaient dénoncer la réforme du Chômage dont une partie des résolutions sera applicable dès demain, 1er octobre.

Une grande banderole déployée que contournent les demandeurs d’emploi se rendant à leur rendez-vous à l’agence Lavoisier. Gaëlle, de la Coordination des Intermittent.e.s du travail et des précaires, n’hésite pas à distribuer les flyers. « Tu te rends compte, la réforme va passer en force, alors qu’elle a été retoquée deux fois déjà par le Conseil de l’Etat ».

Nouveaux calculs des droits

Il faut dire que la réforme a de quoi faire bondir. De nouveaux calculs des droits pourraient même pénaliser ceux qui travaillent le plus. « Il faudra refuser tous les petits contrats puisqu’on valorisera les contrats longs. Sauf que pour bouffer, parfois, il faut accepter de l’Interim, et on peut nous appeler pour juste une semaine. » Explique un syndicaliste de la CGT Randstad.

Même la ministre du travail, Elisabeth Borne a annoncé dans les médias, le 16 septembre, qu’une personne qui aura travaillé 8 mois au SMIC ne percevra que 667 euros pendant 14 mois, au lieu de 985 euros sur 8 mois.

L’UNEDIC estime d’ailleurs qu’ 1,7 million de personnes verront leurs allocations baisser en moyenne de 17 % . Quelques 400 mille subiront une baisse de 40 %.

Travailler 6 mois au lieu de 4

En effet, Jusqu’à aujourd’hui, il fallait travailler 4 mois afin de recharger ses droits. Désormais, il faudra avoir travaillé plus de 6 mois. De plus, la dégressivité de l’allocation débutera à partir du 7eme mois au lieu du 9eme mois pour les revenus de plus de 3500 euros et pour les gens de moins de 57 ans.

Par ailleurs, c’est tout le mode de calcul qui change: Toutes les périodes seront désormais prises en compte, même celles non travaillées. Ainsi, les semaines non travaillées entre deux contrats Interim par exemple, pénaliseront le demandeur qui recevra une allocation moindre.

Périodes non travaillées prises en compte

Aussi, désormais, pour un chômeur déjà indemnisé mais qui retrouve un contrat pendant cette période de recherche d’emploi, il ne pourra prolonger ses droits qu’à la condition que son nouveau contrat dépasse les 6 mois. Avant, un contrat d’un mois permettait de prolonger son allocation. Il faut en plus que l’ouverture de droit soit 30 % supérieur au restant des droits déjà ouverts.

Ainsi, les militants de AC63 ou encore Chôm’actif, tous dans la CIP63-03 ont fait leur calcul, s’inspirant du travail du sociologue, Mathieu Grégoire : Deux personnes à salaire et emploi égaux ne percevront pas la même allocation, en fonction de leur calendrier de travail. Un contrat long touchera 1492 euros par mois de chômage (son salaire était de 2800 euros). Pour le même salaire réalisé sur l’accumulation de contrats courts, un demandeur ne touchera que ….32 euros !

Economie sur le dos des chômeurs

Ainsi, ces nouveaux calculs permettront à l’Assurance Chômage de faire entre 2 et 3 milliards d’économie jusqu’en septembre 2022.

Si le Conseil d’Etat a retoqué par deux fois, c’est parce qu’il semblerait qu’aucune visibilité économique n’ait pu être vérifiée, et ainsi voudrait prendre plus de temps pour revoir le fond du projet.

Cependant, le gouvernement assure veiller à la diminution des contrats courts en mettant en place un système Malus pour les entreprises qui auraient trop recours aux CDD et Interim. Ce ne sera qu’en septembre 2022. En attendant, les demandeurs d’emploi seront pénalisés s’ils acceptent des contrats courts. Les juges du Conseil d’Etat ont pourtant fait remarquer qu’il était impossible aujourd’hui de prétendre à des CDI, au vu de la situation post-pandémie.

Manif le 5 octobre

Selon Mathieu Grégoire, sociologue, spécialiste de l’allocation chômage, « le gouvernement a un faux raisonnement, hors sol. Il veut un retour à l’emploi, avec des contrats longs qui n’existent pas. Un chômeur ne peut pas gagner plus sans travailler. Il faut arrêter ces clichés. Les chômeurs ne calculent pas. D’ailleurs, ils ont souvent des indemnisations moindres à cause de leur choix d’accepter tous les contrats.« 

Les syndicats appellent à une manifestation nationale interprofessionnelle, le 5 octobre. Ce sera à partir de 10H30, place des Carmes, à Clermont-Ferrand. Cette réforme chômage qui n’en est, qu’à son projet de décret, depuis 2018, n’a pas fini de faire parler d’elle.

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