C’était il y a neuf ans. Le 23 avril 2013 précisément. Le bâtiment Rana Plaza, au Bangladesh, s’effondrait, provoquant la mort 1 100 personnes et faisant plus de 2 500 blessés. Dans les jours précédents, les travailleurs et travailleuses avaient alerté sur les fissures qui se creusaient. Mais le profit avait dominé les craintes. La direction demande qu’on reprenne le travail. En grande majorité, les victimes étaient des jeunes femmes. Elles fabriquaient des vêtements pour certaines des plus grandes marques de mode au monde. Mais si la direction est coupable, la surconsommation aussi et avec elle, le monde du « fast fashion ».

Depuis le drame, même si de nombreux acteurs s’étaient déjà emparés de la question, une vague de protestations a émergé et de nombreuses voix se sont levées contre l’industrie de la mode intensive, nocive pour la planète et le droit des travailleurs.
C’est quoi la Fashion Révolution ?
Chaque année dans le monde, on estime que 80 milliards de vêtements sont livrés par des usines. En un an, rien qu’au Royaume-Uni, les vêtements jetés pourraient remplir le Wembley Stadium. Il faut 2720 litres d’eau pour produire un t-shirt. Plus de 100 milliards de vêtements sont vendus dans le monde, la production a doublé entre 2000 et 2014. La mode émet 1,2 milliard de tonnes de gaz à effet de serre chaque année. Des chiffres qui mettent une claque, on pourrait en sortir des centaines.
Le constat est plus qu’alarmant. L’industrie de la mode mainstream se base sur l’exploitation humaine et des ressources naturelles. La richesse et le pouvoir sont, comme dans beaucoup d’autres secteurs, concentrés entre les mains d’un petit nombre. Surtout, les mêmes personnes qui fabriquent nos vêtements dans des conditions terribles et pour un salaire de misère, sont aussi celles qui subissent la crise climatique causée en partie par la surconsommation. L’industrie textile compte parmi les plus polluantes au monde. Pour fabriquer un jean par exemple, on utilise du coton cultivé en Inde ou en Afrique générant un impact environnemental et social fort, il est teint dans un autre pays, renvoyé en Asie pour la confection dans le but d’être finalement vendu en France ou ailleurs.



Face à cela et en réponse à la catastrophe du Rana Plaza, Fashion Revolution est née en Angleterre à l’initiative de Carry Somers, créatrice de la marque Pachacuti et pionnière de la mode éthique et équitable. Lancé ensuite dans d’autres pays, le dispositif se décline en France par l’organisation de débats, de conférences, d’évènements ou d’ateliers animés par des associations, des personnalités ou des ONG pour sensibiliser le plus grand nombre aux impacts de nos vêtements et aux solutions qui existent.
Rendez-vous annuel
La Fashion Revolution Week représente la campagne annuelle du collectif Fashion Revolution. Elle rassemble le plus grand mouvement d’activisme de la mode au monde pour sept jours d’action. Dans le monde entier, en France et à l’échelle locale, les citoyens suivent ce moment de sensibilisation et d’action. Cette année, la semaine avait lieu entre le 18 et le 24 avril avec pour mot d’ordre, une question : « Who made my clothes ? ».


Collectif Fringant
Recycl’art, le café textile FlaX et la friperie l’Affinerie se sont assemblés il y a trois ou quatre ans afin de créer le Collectif Fringant, « le Collectif des acteurs et actrices Clermontois du textile alternatif, du réemploi et du recyclage textile », comme ils se définissent eux-mêmes. « Notre but, c’est de rassembler tous les acteurs locaux sensibles au réemploi textile pour sensibiliser ou questionner sur comment on s’habille. C’est la volonté aussi de montrer que chez nous, il y a des gens qui ont ce genre de projets. « , explique Rémy de Recycl’art.
C’est samedi dernier, le 23 avril que le Collectif Fringant a organisé son grand évènement annuel : le RE.LOOK. Au programme, un grand marché, des stands, conférences et un défilé, sous le signe de la mode éthique, pour montrer aux participants l’étendu et le potentiel de la mode responsable. Nous, on s’est rendu au Grin pour rencontrer quelques créateurs.





Tiphaine unique ou l’art d’upcycler tes sous-vêtements
Entre deux morceaux du DJ présent pour l’occasion, on discute avec Tiphaine, créatrice de Tiphaine unique, marque de sous-vêtements upcyclés. « Je fais des sous-vêtements avec du tissu récupéré en friperie solidaire par exemple », explique la jeune créatrice. Sur présentoir, les bas super stylés s’inscrivent parfaitement dans le thème du jour. « Et ça s’inscrit parfaitement dans l’idée que j’ai de la mode : créer et produire autrement. Je propose des pièces qui vont du S au XL pour être la plus inclusive possible », poursuit Tiphaine.



Yase Wear : « On veut faire nos fringues »
Sur le stand d’en face, on retrouve deux potes d’enfance qui viennent de créer leur marque de vêtements : Yase Wear. Tout part d’un constat : « On trouvait les vitrines des boutiques trop fades et on s’est dit qu’on voulait faire nos fringues et juste kiffer », raconte l’un d’eux. Pour le moment, les compères ont déjà sorti deux collections, Maigre et Lune. Le principe, des vêtements « workwear » et « streetwear » unisexe pour parler à tous les publics sans entrer dans aucune case. « Même pour les photos et nos pubs, on ne montre jamais nos visages. On ne veut pas faire comme sur Insta et mettre en avant un mannequin, on veut que ce soit nos fringues qui parlent aux gens », répond le deuxième créateur. Chez Yase Wear, on est indépendants, on créer et on travaille local. Mais les deux amis soulignent que la mode éthique doit encore se développer pour être encore plus accessibles aux petits entrepreneurs.


En tous les cas, tous s’accordent à dire que les créateurs pas pareils se sentent de moins en moins seuls, épaulés, imités par de nombreuses personnes, créatrices ou consommatrices. On le sait, les friperies ont connu un regain d’intérêt ces dernières années et les nouvelles générations sont de plus en plus sensibles aux questions écologiques et éthiques. Afin de le vérifier et de continuer notre tour de ville des initiatives textiles, Rémy nous donne le lien d’une carte qui regroupe tous les acteurs de la mode éthique. On vous la partage juste ici :
1 réflexion sur “Le Collectif Fringant fait sa révolution !”
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