« Je ne milite plus mais je reste antifasciste »

On se souvient tous du Bastion Social, groupe néonazi, installé dans un local, rue de la Treille à Clermont Ferrand, en 2017/2018. En août et octobre 2018, des militants antifascistes avaient "saccagé" ces locaux. 7 ans après les faits, deux jeunes comparaissaient au tribunal.

T. et E. sont poursuivis pour des faits qui ne sont pas très clairs. En effet, même le procureur reconnaît que certains motifs de poursuites ne sont pas compréhensibles. Il faut dire que les faits remontent à 7 ans. D’ailleurs Kevin Blancard, qui a déposé plainte à l’époque, n’est pas là, ni même représenté.

A l’époque, la ville de Clermont-Ferrand est terrorisée par l’arrivée du Bastion Social, groupuscule néonazi qui usera de violences notamment à l’égard de 3 badauds qui ont eu le malheur de passer dans cette rue. Un procès qui avait permis l’incarcération de l’un des 3 néonazis. A lire ICI.

Un contexte violent

3 jours avant, deux militants antifascistes étaient mis en garde à vue pour le saccage du local du Bastion Social. A lire ICI.

En effet, le local des néonazis avait été cambriolé en août puis en octobre. L’inscription CARA (Cellule Antifasciste Révolutionnaire d’Auvergne) avait été tagguée comme signature du saccage.

Une pochette bleue

A l’époque, les antifas vivaient pour certains en colocation. Une perquisition avait été réalisée. Une pochette traînait dans le salon avec de nombreux tracts. A l’époque, des conférences, des manifestations avec le maire en départ de cortège étaient organisées régulièrement.(ICI)

Car, la violence di bastion social n’épargne personne. Un antifasciste sera grièvement blessé avec une fracture du nez. Un jeune homme Anthony, sera pris pour cible alors qu’il boit un verre et sera défiguré, avec de multiples fractures de la mâchoire. A lire ICI.

A l’époque, nous avions écrit aussi sur ce saccage du local qui n était pas tres éloquent : fuite d’eau et vol de drapeaux. ICI Nous rappelions d’ailleurs que la CARA ne faisait pas de victimes humaines contrairement aux néonazis.

2 militants de la CARA pursuivis

Pourtant ce sont deux d’entre eux qui comparaissaient hier. E. et T. n’ont d’ailleurs pas grand chose à raconter. Bien sûr qu’ils ont été militants à la CARA, mais ils n’ont pas participé au saccage. D’ailleurs, dans le dossier, rien ne le prouve, hormis cette pochette bleue retrouvée dans la colocation et la vidéo de l’action retrouvée sur les ordinateurs des deux accusés.

En cette nuit d’octobre 2018, les pompiers étaient intervenus aux côtés de la police. Pourtant, aucun blessé. De l’huile de vidange au sol, et le vol de drapeaux et de bouteilles d’alcool. Les militants avaient utilisé un pied de biche pour forcer la porte.

Très vite, les soupçons se dirigent vers la CARA, mouvement radical de l’antifascisme dans la ville. T. et E. en sont effectivement membres. Mais rien ne prouve leur présence ce jour-là. Le juge rappelle toutefois que la pochette bleue retrouvée dans leur colocation, « dénote votre appartenance au mouvement. » Ce que les deux jeunes ne nient pas. Lors de leur garde à vue, ils garderont le silence.

Des photos et des listes de noms

Aujourd’hui encore, ils l’affirment : « Nous n’étions pas sur les lieux. » On retrouve la voiture de T. ce soir-là pourtant. « Oui, mais je prête ma voiture aux camarades qui en ont besoin, sans leur demander de compte. »

Et dans la chemise bleue, rien de bien probant : Des photos des membres du Bastion, des listes de militants d’extrême-droite, des tracts, des diplômes, une liste de matériels et le plan pour une action à réaliser avec explosifs, taser, etc. Action qui n’a jamais été menée. Armes qui n’ont jamais été trouvée ni utilisée.

« Je reste antifasciste mais je ne milite plus »

T. lui est cordiste désormais, en CDI. Malentendant de naissance, il fait répéter à plusieurs reprises. Il a été condamné lors de la participation du mouvement des Gilets Jaunes. Il avait fait alors 5 mois de prison ferme pour avoir dégradé une banque. Nous vous racontions son procès ICI.

Depuis, le jeune homme devenu homme, a déménagé, vit avec sa compagne. « Je ne milite plus, mais je reste antifasciste dans mes idées. » Le juge lui sourit « C’est votre droit. »

E. lui est opérateur-monteur, il a démissionné il y a 3 semaines pour revenir vivre plus proche de Clermont. Il a eu une seule fois un problème avec la justice, en écopant une amende de 150 euros pour refus d’obtempérer lors de son interpellation.

Les deux sont formels, ils appartenaient à la CARA, mais ce soir-là, ils n’ont pas saccagé le local du Bastion Social.

Réquisition du procureur

Le procureur ne veut pas que le procès devienne politique. « Nous ne sommes pas là pour juger de la légitimité ou la légalité du Bastion Social. La notion de moralité est subjective. » Exprime-t-il avant de poursuivre : « On ne fait pas justice soi-même. » Selon lui, l’huile de vidange au sol représente un danger et les faits reprochés sont davantage la participation à un groupe que l’action elle-même. « Ce groupe préparait des actions violentes et on sait que nos deux individus appartenait à ce groupe. » Pourtant, à ce jour, la CARA n’a jamais été poursuivi pour violences sur une personne. D’ailleurs, le représentant du ministère public le reconnaît aisément. « Ces deux jeunes hommes ne font pas parler d’eux. La peine doit juste marquer le coup.  »

Il propose alors 4 mois de sursis pour E. et 12 mois pour T. dont la voiture a été aperçue pas loin du local le jour du cambriolage.

Plaidoirie des avocats

L’avocate de E., Maître Guihaneuf insiste quand même sur le contexte de l’époque. La peur quand on passait rue de la Treille, les manifestations, et les violences de la part du Bastion Social. « D’ailleurs, le Bastion Social a été dissous par le ministère de l’intérieur au vu de sa dangerosité. » Puis elle plaide sur les faits reprochés : »Je ne comprends toujours pas ce qu’on reproche à mon client : La participation à un groupe en vue de quelque chose qui n’ajamais eu lieu. Et concernant les 2 intrusions dans le local, à quel moment on a des preuves de sa présence? »

En effet, le prénom de son client apparaît bien sur une feuille volante dans la chemise bleue perquisitionnée. Et la vidéo de l’action est sur son ordinateur. C est tout.

« Et puis, c’est quoi ce dossier qui a dormi pendant 7 ans, à 4 mois de la prescription, on l’ouvre de nouveau. Mais mon client a 7 ans de plus, on a un dossier vide et aucune preuve. »

L’avocate a donc plaidé la relaxe, rappelant que E. est parfaitement inséré, et que si condamnation il devait y avoir, il serait d’accord pour le Travail d’Intérêt Général.

Romantisme révolutionnaire

T. est défendu par maître Borie. « Il s’agit de romantisme révolutionnaire de jeunesse. Mon client accueillait tout le monde dans son appartement. Ils faisaient ensemble des scénarios. Entre camarades, ils notaient sur des feuilles des projets d’attaques qui n’ont jamais eu lieu. » En effet, la réalité semble loin de la liste d’armes retrouvée sur une feuille. « Ils n’avaient pas d’arme, pas de taser. » L’avocat semble se moquer du dossier: « on parle d’explosifs en montrant du doigt l’utilisation d’huile de vidange ! »

Quant à la voiture, elle était sur les lieux en août quand la CARA a revendiqué voler …des drapeaux et ouvert l’eau des toilettes. « Sur les faits en octobre, on n’a rien sur mon client, sauf la vidéo sur l’ordinateur. »

Délibéré le 19 décembre

Alors, le ténor du barreau plaide lui aussi la relaxe, « On n’a aucune preuve. » Pour maître Borie, on ne condamne pas les gens parce qu’ils écrivent des « projets loufoques sur une feuille. » Son client avait obtenu un diplôme d’éducateur sportif qu’il n’a jamais pu utiliser à cause de sa condamnation lors de la manifestation des Gilets Jaunes. « Il était passé en comparution immédiate et envoyé en prison. Il a tout réglé de sa condamnation. » L’avocat comme sa consœur déplore que le dossier ait été rouvert 6 ans après les faits. « Un sursis qui servirait à quoi ? Mon client travaille, ne milite plus, ne fait plus de manifestation. Il n’y a aucun risque de récidive. Mais à cette époque, oui, il était à la CARA, oui il se battait contre le Bastion Social. On ne peut le juger pour ça. Qu’on le relaxe définitivement. »

Le délibéré aura lieu le 19 décembre à 14 h.

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