Migrant’scène : changer les regards sur les migrations

Samedi, top départ pour la nouvelle édition du festival de La Cimade Migrant’scène. Pendant près d’un mois, une programmation riche proposera au public de croiser les regards et de porter une réflexion collective sur les migrations.

La Cimade lance l’édition 2022 de son festival Migrant’scène ! L’association s’attache depuis presque 100 ans à agir pour les droits et la dignité des personnes migrantes et réfugiées. Au total, plus de 2000 bénévoles sont engagés aux côtés de 137 salariés. Le tout, dans 95 groupes locaux en France métropolitaine et en Outre-mer. Et pour cause, le travail est titanesque. La Cimade accompagne et défend près de 110 000 personnes étrangères tous les ans. Une solidarité à travers des actions d’accueil dans ses permanences, de plaidoyer, d’information, d’hébergement ou de sensibilisation.

Gagner la bataille de l’opinion

La sensibilisation, c’est en partie ce qu’elle fait à travers le festival Migrant’scène. « Il s’inscrit plus largement dans les actions qu’on mène au niveau de la sensibilisation. On se rend compte que l’administratif et le juridique, ce n’est plus suffisant. Il faut se lancer dans la bataille de l’opinion public. On se dit qu’en faisant bouger les lignes au niveau de l’opinion, les politiques suivront car ça marche souvent comme ça. », explique Pierre Saint-Amans, co-président de La Cimade 63.

Migrant’scène, c’est l’occasion de déconstruire les préjugés et de remettre à l’honneur l’hospitalité comme fondement de la société et de notre rapport à l’autre quel qu’il soit. L’autre, c’est une personne qui cherche à rester maîtresses de son destin, refoulée aux frontières, expulsée, enfermée dans des camps, des centres de rétentions, des prisons… Une personne précarisée parce qu’étrangère, sans accès à ses droits fondamentaux dont celui de travailler et par conséquent exposée à mille formes d’exploitation. Ou encore une personne stigmatisée, tout simplement pour ce qu’elle est.

Pour y faire face, le rendez-vous annuel incontournable propose de croiser les regards sur les migrations dans une ambiance festive et conviviale, le festival s’installe du 12 novembre au 4 décembre dans une centaine de villes du pays.

Réfléchir et faire la fête

Au programme : des évènements culturels en tout genre qui invitent à bousculer nos représentations sur les personnes étrangères et à construire un futur garantissant les libertés de toutes et tous. Il y en aura pour tous les goûts et tous les âges : animations ludiques, ciné-débats, concerts, spectacles vivants, repas partagés, rencontres avec des artistes d’ici et d’ailleurs et autres festivités. « Nous nous efforçons de proposer des évènements très variés dans la forme pour que tout le monde puisse s’y retrouver. Ce sont des moments festifs, de rencontres d’autres personnes et d’autres cultures. », indique Pierre.

Abdul Saboor

Dans le Puy-de-Dôme, on compte près d’une vingtaine d’évènements. Le programme complet est à retrouver juste ici. Nous, on vous conseille déjà la soirée du 12 novembre, à 18h30 au restaurant « Chez Yasmina » pour rencontrer les organisateurs du festival et prévoir vos rendez-vous pendant le mois à venir. A ne pas manquer également, la soirée festive du 2 décembre à la Maison du Peuple et la conférence de Stefan Le Courant « Vivre sous la menace » le 5 décembre. Le Rio projettera le vendredi 18 novembre le documentaire Déterminé.e.s dont nous vous parlions il y a quelques semaines. Enfin, n’oubliez pas de faire un saut à la médiathèque de Blanzat pour voir le travail photographique impressionnant d’Abdul Saboor.

Libertés avec un grand S

Chaque année, le festival a un nouveau mot d’ordre. En 2022, c’est « Libertés ! Dans l’égalité et la solidarité ». Le mot se veut polysémique : « liberté de sortir du cadre des identités assignées et d’affirmer une identité plurielle, liberté de tourner le dos à un avenir bouché, liberté de circuler, liberté de travailler, liberté d’aimer… Et liberté d’agir en solidarité avec celles et ceux qui sont privé∙e∙s du droit à ces libertés. », précise La Cimade. « Ce sont des libertés multiples, celle à laquelle on pense en premier, c’est la fermeture des centres de rétention administrative, qui sont tout simplement des prisons. La France a été condamnée plusieurs fois par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour avoir enfermé des enfants. On met aussi sur la table la question des libertés de circulation, de mener une vie normale tout simplement. », indique le co-président du groupe local.

Une autre vision de société

Le festival est « à rebours du climat politique et médiatique ambiant, les équipes de La Cimade mobilisent les arts, la culture et les moments de convivialité partagée pour porter haut et fort une autre vision de société : où suspicion, peur de l’autre et restriction des droits des personnes exilées laissent la place à l’affirmation solidaire de libertés qui permettent à toutes et tous d’avoir, tout simplement, une vie meilleure. », a déclaré Fanélie Carrey-Conte, secrétaire générale de La Cimade.

À rebours du climat politique, en effet. Surtout lorsque en 2022, des insultes racistes fusent à l’Assemblée. Surtout lorsque en 2022, un bateau d’SOS Méditerrané est encore bloqué au large de la Sicile, avec à son bord, 234 personnes dont 52 mineurs et un bébé de trois mois. « Depuis 40 ans, il y a une grosse régression des droits des personnes étrangères. Ça a empiré sous Sarkozy et aussi sous Macron. On est dans un contexte où une nouvelle loi se prépare. Darmanin et Macron disent sans avoir de bases sérieuses que la moitié des personnes délinquantes à Paris sont des étrangères. Ce modèle va dans le mur. », se désole Pierre Saint-Amans. Plus que jamais, le travail de La Cimade et le festival Migrant’scène s’imposent comme nécessaire pour apporter des éléments de réflexion sur les politiques migratoires en France.

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