« On ne demande pas l’aumône ! » : les artistes en colère face à la non-réouverture des lieux culturels.

Le 10 décembre, Jean Castex a annoncé un nouveau recul des dates pour la réouverture des salles de spectacles, musées, cinémas etc. Alors que le déconfinement du 15 décembre devait s’accompagner d’un regain des activités pour le monde de la culture, les lieux culturels doivent rester fermés au moins jusqu’au 20 janvier. Un scandale pour les artistes, qui dénoncent une politique du yoyo de la part du gouvernement. Ils ont organisé plus d’une vingtaine de rassemblements dans toute la France, mardi 15 décembre. À Clermont-Ferrand, c’est la SNAM CGT (Union Nationale des Syndicats d’Artistes Musiciens de France) qui a pris l’initiative de fédérer les différents artistes pour manifester devant la maison de la culture, à 15h, cet après-midi.

C’est une levée de boucliers, ou plutôt de parapluies, qui a eu lieu contre la prolongation des fermetures de tous les lieux culturels. Sous la pluie, devant la Maison de la culture de Clermont-Ferrand, entre 150 et 200 personnes étaient présentes pour montrer que les aides envers les entreprises du secteur ne suffisent plus. Ils demandent l’extension de l’année blanche qui leur a été accordée l’année dernière. Celle-ci permet, lorsque les intermittents du spectacle ne travaillent pas, d’être indemnisés, comme une allocation chômage, en fonction des heures effectuées. « Mais deux problèmes se présentent à nous pour l’année blanche : le premier c’est qu’elle est fixée jusqu’au 31 août 2021, donc selon les contrats, leur date de début et de fin, ça va être avantageux ou pas pour certains, on ne sait pas. Mais du coup ça crée des inégalités entre nous. Le second problème, c’est que c’est une indemnisation, pas un salaire. Et nous on veut un salaire pour cotiser, parce que dans un an ou deux, les caisses de cotisations seront vides. On nous dira que le système des intermittents du spectacle n’est pas rentable, qu’il faut changer. » explique, inquiet, Loïc, accordéoniste. Sans salaire, plus de cotisations sociales et donc plus d’accès à la sécurité sociale, à la retraite, au statut d’intermittent du spectacle et à l’assurance chômage. Les artistes demandent donc à ce que leurs répétitions soient rémunérées, puisqu’elles représentent du temps de travail. Ils aimeraient aussi que les spectacles soient payés en avance. Cela leur permettra de sauvegarder leurs droits sociaux. Pour certains, la situation est encore plus complexe. Tao, 22 ans, vient tout juste de finir ses études pour travailler comme intermittent du spectacle, spécialisé comme ingénieur du son. « Vu que j’ai terminé mes études cette année, même si j’avais le réseau, je n’ai pas été embauché à cause de la Covid. Je n’ai donc pas pu demander le statut d’intermittent du spectacle. Ça fait neuf mois que je ne fais rien, que je n’ai pas de statut, pas de salaire, pas d’aides. Je suis perdu. » Tao se retrouve obligé de se reconvertir, avant même d’avoir commencé sa carrière.

Ce qui frustre aussi les acteurs du monde de la culture, c’est que de nombreux protocoles ont été pensés et proposés au gouvernement pour rouvrir, en toute sécurité, les salles de spectacles et musées. Sans réponse. Loïc est agacé : « Je n’ai pas envie de comparer les autres secteurs économiques au nôtre, car tout le monde est impacté. Mais je pense qu’il est plus facile de respecter les gestes barrières, de limiter la jauge de personnes pour nous, que dans les magasins ou grandes surfaces. Il me semble d’ailleurs qu’aucun cluster dans le monde ne provient de musées ou de salles de spectacle car on peut gérer le flux. Mais on ne nous écoute pas. C’est un choix politique. » En guise de consolation, la ministre de la culture, Roselyne Bachelot, a promis 35 millions d’euros d’aide pour ce secteur. Clément, technicien en salle et cégétiste, prend la parole : « Il faut savoir que 8 milliards d’euros ont été accordés au secteur de l’automobile. En comparaison, on a droit à rien. Mais c’est pas parce qu’on n’est pas milliardaires qu’on ne sert pas au fonctionnement de l’économie, au contraire ! Chaque euro reversé dans la culture permet de réinjecter 1.6 euros dans l’économie. Donc avec les 4.2 milliards d’euros perdus chez nous cette année, c’est une perte de 6.7 milliards d’euros pour l’économie ! » Clément a beaucoup d’arguments économiques pour que le gouvernement soutienne le monde de la culture. Il explique que l’argent réinvesti sert notamment à payer les hôtels qui accueillent les artistes ou spectateurs, les transports et de multiples autres secteurs. « C’est indéniable. On ne demande pas l’aumône, nous aussi on produit du pouvoir d’achat. » s’insurge-t-il. Loïc aussi n’est pas satisfait de ces 35 millions accordés par le gouvernement : « C’est insuffisant au regard de la perte des 4.2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, mais surtout, on ne le voit pas arriver sur le terrain. On se demande s’il n’y a pas un problème de répartition, est-ce que le gouvernement donne cet argent uniquement aux grosses structures qui n’en n’ont pas toujours besoin ? Moi par exemple, je suis souvent embauché par des associations. Elles n’ont rien reçu.« 

Pour les personnes présentes, l’objectif aujourd’hui est surtout de se mobiliser pour fédérer les différents acteurs du secteur, souvent divisés en sous-catégories (cinéma, musique, techniciens…). « On doit créer un comité d’action pour faire des rassemblements en janvier. Il y a toujours un gros point d’interrogation sur la réouverte le 20 janvier. On doit donc s’organiser pour se défendre. » explique Clément au microphone. « On veut aussi rejoindre les autres luttes actuelles, on veut que ça bouge en janvier car beaucoup de choses ne vont pas en ce moment » termine Loïc. Tous bien décidés à s’engager, après des mois de silence, un « référé liberté » sera envoyé demain au Conseil d’État pour demander la réouverture des lieux culturels. Une pétition est aussi en ligne et a d’ors et déjà récolté plus de 40 000 signatures. Mais les artistes ont bien peur de ne pas être, de nouveau, écoutés malgré ces initiatives. « C’est mieux que rien, mais « mieux que rien », c’est pas assez.  » conclut Loïc.

Pétition en ligne : https://www.change.org/p/emmanuel-macron-urgence-pour-le-spectacle?utm_content=cl_sharecopy_25956588_fr-FR%3A0&recruiter=1165269748&utm_source=share_petition&utm_medium=copylink&utm_campaign=share_petition&utm_term=6f5d23355d6548e395c40cbac7c3310d

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