« Ce service cardiologie, je le connais bien. Ma femme y a été suivie. C’était vraiment efficace, familial. C’est une aberration la fermeture du service. » Veuf depuis cet été, cet homme ne peut retenir ses larmes. Il est parmi celles et ceux qui, chaque vendredi, viennent dénoncer l’abandon d’un service public de santé. Marine Ruiz, assistante sociale au CH de Riom, et syndiquée à la CGT commence à perdre patience : »Nous avons obtenu quelques avancées. 5 demies journées par semaine, des cardiologues du CHU de Clermont viennent assurer le service. 34 lits ont rouvert en médecine orientation cardiologie, avec 4 médecins généralistes. Une ancienne medecin des urgences est revenue à Riom à Temps Plein. »
6 lits devraient ouvrir au printemps
Mais, il manque toujours les 6 lits continus, « ceux que l’on doit surveiller de plus près. On nous a promis une réouverture au printemps, on attend de voir. »
Pendant que les 40 personnes venues en soutien se protègent de la pluie, sous le barnum de la CGT, la cheffe du service cardiologie organise son pot de départ. « C’est à 18H30 ce soir. » Se désespère Philippe, de l’Union Locale de la CGT de Riom. « Ici, les visites en cardiologies sont gelées, et nous n’avons aucune information sur une potentielle activité. » Une activité qui rapportait au Centre Hospitalier « 340 mille euros par an. Même si le but d’un service public n’est pas d’être rentable. » Argumente Marine.
Manque de médecins
Un plan blanc a donc été annoncé, pendant 72 heures. 10 lits ont été fermés en gériatrie, par manque de médecin. « Nous avons un véritable problème attractivité financière. » Expliquent les syndicalistes.
Et ceux qui en pâtissent le plus, ce sont les habitants de Riom mais aussi de tous les alentours, du côté de la Limagne. « Notre territoire manque de continuité de soins. Et nous n’avons pas tous les moyens de nous rendre au CHU de Clermont-Ferrand. On assiste à une véritable destruction du service public. »
Pourtant, même s’ils étaient peu nombreux ce vendredi, les habitants semblent vouloir le maintien des services de l’hôpital. « Il faut interpeler les élus, mettre la pression pour les consultations. »
Service de proximité
Les soignants de Riom craignent que leur établissement devienne un centre de soin de seconde zone. « On a l’impression que l’on va récupérer les cas compliqués que le CHU ne veut pas gérer. »
A ce jour, l’hôpital de Riom compte encore 7 services. Mais la maternité a fermé, ainsi que le laboratoire, comme nous vous l’expliquions ici. « La cardiologie n’est pas du luxe. » S’exclame une dame dans l’assemblée.
Des élus de tous bords en soutien
Boris Bouchet, conseiller régional et conseiller municipal dans l’opposition vient dès qu’il peut en soutien à l’hôpital. « La santé n’est pas une marchandise. Il faut se battre constamment sur nos territoires. C’est injuste. »
Candidate à l’élection municipale de Riom, et actuelle conseillère départementale, Stéphanie Flori-Dutour est venue, elle aussi apporter son soutien. « Ce combat est au-delà des étiquettes » souffle une personne qui vient pour la première fois.
A ses côtés, des membres du conseil de quartier. « Nous sommes bénévoles et notre rôle est de participer à la vie citoyenne, alors on pense que c’est important d’être ici. Même si, nous ne sommes vraiment pas assez nombreux ce soir. »
Des hôpitaux saturés
Un agent du CHU à la retraite raconte : « Ils ont fermé 14 lits en Cardio B au CHU de Clermont-Ferrand, c’est presque la moitié du service. Alors, les gens vont être envoyés à Vichy, dont l’hôpital sature déjà. On voit des patients être emmenés à Montluçon. On manque de taxis, désormais. »
Une dame âgée fait elle aussi partie des manifestants. « Qui est responsable ? C’est facile de se dédouaner, e dire que c’est l’Etat, mais qui fait vraiment ces choix? » questionne-t-elle, non sans une pointe de colère. » On se moque des petites villes comme la nôtre, comme si nos cœurs valaient moins que les cœurs des gens qui vivent en ville. »
Une lutte qui dure depuis octobre
Doucement, les personnes réunies se réchauffent avec un vin chaud. Dans les effluves et la bonne odeur du breuvage, les conversations se poursuivent : « En même temps, l’ex ministre de la santé est devenue ministre de la guerre, enfin des armées. Quand on peut être à ses deux postes, c’est que le monde a perdu la raison, non? » En attendant, chaque vendredi, vous pouvez venir à partir de 18H devant le CH de Riom afin de soutenir la lutte, qui dure depuis le mois d’octobre, comme nous l’annoncions déjà à l’automne.
2 réflexions sur “« La santé n’est pas une marchandise! »”
Merci à Médiacoop pour cet article qui dit tout haut ce que beaucoup vivent au quotidien.
La santé n’est pas une marchandise : c’est un droit fondamental.
Derrière les fermetures de services, les déserts médicaux et la mise en concurrence des hôpitaux, ce sont des choix politiques qui sacrifient les usagers et épuisent les soignants.
La CGT continuera à se battre pour un service public de santé de proximité, accessible et de qualité pour toutes et tous.
Bien sur que le politique a les manettes pour diriger l’organisation des soins. Mais il faut quand même avoir à l’esprit que la médecine est devenue une marchandise ou en tout cas, une source de profits. La médecine libérale s’est engouffrée dans ce secteur il y plus d’un demi siècle : un pôle santé privé a été créé et a augmenté considérablement. Ce pôle santé est une rente pour l’offre de soins, libérée de toute contrainte. Aujourd’hui le médecin libéral pilote le système pour son profit même si le service rendu n’est pas complètement critiquable. Dès que le politique donc normalement, l’expression des besoins du peuple essaye de rompre cette hégémonie, ça ne plait pas du tout aux libéraux. A ne rien faire, on risque d’y perdre la santé.