Mediacoop poursuivi par l’ADAPEI 63

Nous vous en avons largement parlé sur les réseaux, mais nous n'avions pas pris le temps de faire un article. Le voici. Eh oui, nous sommes poursuivis après 2 mois de publications d'articles sur l'ADAPEI 63 en référé d'heure en heure. On vous explique tout.

Premier jour des vacances des enfants. Il est 9h, ça sonne à la porte. Une huissier me tend l’assignation de référé d’heure en heure. Elle m’explique que je suis convoquée le mardi 8 juillet à 10H30 au tribunal. On est le mercredi 2 juillet. J’ai 6 jours dont un week-end.

J’appelle notre avocat. « Le référé d’heure en heure est une procédure d’urgence. » M’explique-t-il. « Normalement quand il y a un danger imminent. »

Référé d’heure en heure

Notre premier article remonte à la grève des salariés de L’IME de Vertaizon, en avril. Puis, depuis, l’enquête au long cours nous a permis de publier 9 articles afin de bien expliquer le système de maltraitance institutionnelle.

Alors, avec Maitre Jean-Louis Borie, on lit attentivement leur assignation. On n’y comprend rien, ils ne parlent que de 4 articles, dont 2 seraient diffamatoires sans en expliquer réellement le fond. Le ténor du barreau clermontois m’explique que c’est technique et appelle sa consoeur Déborah Guihaneuf pour me défendre, lui ne peut être disponible le jour de l’audience. La diffamation, elle connaît bien, et les dossiers techniques aussi.

Retrait d’articles et interdiction de publier à nouveau

Moi, je ne m’intéresse qu’à la fin de l’assignation où les demandes sont écrites : L’ADAPEI 63 demande clairement le retrait de 4 articles sur les 9 publiés, 1 euro de dommages et intérêts, et 20 000 euros à titre conservatoire à chacun des prochains articles que je pourrais publier. (donc celui que vous êtes en train de lire.)

En gros, ils me demandent de me taire, de ne plus publier. Mes articles leur portant préjudice.

J’éclate de rire. J’ai fait un peu de droit des médias quand même en école de journalisme. La liberté de la presse, je l’explique dans mes cours à l’université. Je la connais bien la loi de 1881, je la raconte à mes étudiants la censure d’un autre temps. On m’en a mis des coups de pression mais de là à me faire retirer quatre articles et m’empêcher d’en écrire d’autres…

Et je me tais. Car je me remémore. Ca me revient.

C’est dingue, j’ai entendu durant mon enquête 126 personnes, je les ai comptés pour écrire cet article. Et, la majorité de ces personnes me disaient la même chose : « On doit se taire, ne rien dire, tout ce qui peut nuire à l’image de l’ADAPEI est puni. »

La censure, nouveau visage de la maltraitance institutionnelle

Je fais donc partie désormais des victimes de la maltraitance institutionnelle. Mais, je n’ai pas d’affect dans cette histoire. Je ne perdrai pas mon boulot à cause d’eux, je ne recevrai pas de lettre de licenciement ou de courrier d’intimidation. D’ailleurs en voici un, écrit par la directrice générale à une maman qui se plaignait de son comportement vis-à-vis des parents. LA maman s’était confiée au président, par téléphone. Le lendemain, elle reçoit ça :

De : Myriam VIALA
Envoyé : mercredi 17 janvier 2024 20:51

Objet : Mise en garde concernant vos propos diffamatoires et le possible harcèlement moral – Impact sur ma santé 

En copie le Président et les membres du bureau,

Pour donner suite à l’appel téléphonique que vous avez eu avec le Président de l’Adapei 63, Monsieur Tisserand, il m’a été porté à connaissance que des propos diffamatoires ont été tenus à mon égard. Le Président m’a informée à plusieurs reprises d’appels où mon travail et ma posture ont été dénigrés. Cette situation, que je peux assimiler à une forme de harcèlement moral, entraîne des répercussions notables sur ma santé.

Je tiens à vous rappeler que de tels comportements sont inacceptables et peuvent entraîner des conséquences légales sérieuses, tant au niveau de la diffamation que du harcèlement moral. En tant que Directrice Générale de l’Adapei 63, je me réserve le droit de déposer plainte si de tels agissements persistent.

Il est important de souligner que l’employeur a une obligation de résultat en matière de sécurité des salariés. Les comportements diffamatoires et le harcèlement moral que je subis vont à l’encontre de cette obligation.

Pour garantir la transparence au sein de notre association, je compte mettre en copie tous les membres du Bureau dans cette correspondance. Je vous exhorte à cesser immédiatement ce type de comportement diffamatoire et à mettre fin à toute forme de harcèlement moral. La situation que je vis actuellement génère un impact significatif sur ma santé, et je ne suis pas certaine de pouvoir être en capacité d’aller travailler demain.

Je vous demande formellement de vous abstenir de tout propos diffamatoire et de toute action pouvant être interprétée comme du harcèlement moral à l’avenir. Nous souhaitons résoudre ce différend de manière respectueuse et professionnelle. Merci de prendre acte de cette mise en garde.

Cordialement,

Myriam VIALA
Directeur Général

Cette maman est actuellement en arrêt maladie. Elle reçoit des pressions, comme un coup de téléphone du vice-président qui lui dit de ne pas se rendre à l’AG, puis l’autorise « à la condition que tu te tiennes tranquille. »

Faire taire et intimider

Il faut donc filer droit. Des exemples comme ça, de courriers ou mails reçus par les parents, on en a une bonne dizaine en stock… qu’on garde au chaud pour la justice. Alors même que l’ADAPEI est sensée être une association de parents.

Une dizaine de dossiers aux prud’hommes et au pénal

Quant aux salariés, ils sont nombreux à se rendre aux prud’hommes voire au pénal. Certains ont déposé plainte et ont déjà été entendus dans le cadre d’une assignation pour harcèlement moral déposé contre la direction. Aux prud’hommes, l’un des conseillers nous confient que « l’ADAPEI 63 est l’une des boites les plus poursuivies du Puy-de-Dôme. » Dès la rentée, une audience aura lieu concernant une salariée. 3 ont leur audience en février 2026, d’autres attendent leurs convocations. On a récupéré un tableau des départs, rien que chez les cadres, c’est affligeant. Un tel turn-over ne peut que révéler de mauvaises conditions de travail. Parmi ces personnes, nombreuses sont celles qui ont témoigné afin de nous raconter leur souffrance au travail.

Une dizaine de dossiers, portés à notre connaissance, ont été déposées aux prud’hommes depuis le début de l’année. Et plusieurs plaintes au pénal, contre la directrice générale, nommément.

Mais, moi, je suis journaliste. Et j’ai écrit sur l’ADAPEI 63. L’association veut m’en punir, sous prétexte que 4 de mes articles seraient diffamatoires. Alors j’ai fouillé dans la multitude de papiers que je garde à disposition de la justice.

Plutôt qu’un droit de réponse, des assignations au tribunal

Concernant les 4 articles, tous ceux qui ont été interrogés ont témoigné par écrit de la véracité des propos. Quant à la véracité des faits, dans ma besace, des preuves suffisantes. Mais, ça, je m’en défendrai devant la justice; Et bien sûr faire mon job : libérer la parole.

Laisser s’exprimer les familles, les salariés, les écouter, les comprendre, les prendre dans les bras, et se rendre compte que la souffrance n’est pas une émotion isolée dans cette structure.

Evidemment, la conviction que chacun a droit à la parole, avec un contradictoire qui n’a jamais été respecté, puisque la directrice générale n’a jamais répondu à mes questions envoyées par écrit.

Je me suis même rendue à l’Assemblée Générale à laquelle on ne m’a pas autorisée à rentrer. Pourtant, cela aurait été l’occasion pour la direction, ou la présidence de s’exprimer.

Mais ce jour-là, ce même jour, le 27 juin précisément, plutôt qu’un droit de réponse, plutôt qu’un mail, c’est un référé qui était constitué. Le jour de l’Assemblée Générale…

Combien dépense l’ADAPEI pour nous poursuivre ? Au moins 4000 euros de frais d’avocat, puisque c’est le montant de leurs demandes de remboursement par mes soins par le biais de l’article 700 si je venais à perdre.

Des soutiens pour la liberté de la presse et Mediacoop

Alors, on a diffusé sur les réseaux, et on ne s’attendait pas à ça. Des soutiens, partout, de tout le monde. Et une visibilité extraordinaire de notre enquête qui dure depuis plus de 2 mois. L’ADAPEI 63 qui voulait faire retirer nos articles car cela leur portait préjudice commet l’inverse : On ne parle plus que de ça.

Et les témoignages affluent davantage. Des histoires ressortent. On m’envoie des documents accablants. En fait, je me rends compte que notre enquête ne fait que commencer. A Montpellier, on interpelle mes confrères pour parler de Mediacoop. Des journaux nationaux m’envoient leur soutien et m’aident à enquêter.

Alors, ce 8 juillet, je suis prête. A mon arrivée, des salariés que je n’ai jamais vus ont déposé un jour de grève pour pouvoir venir. Des parents ont réalisé des banderoles « Mediacoop, le media maltraité », « Qui ne veut voir la vérité envoie la journaliste en référé. » Mon avocate est plus que confiante. Et 80 personnes sont venues témoigner de leur soutien. Les ex-journalistes de La Galipote sont là, un journaliste judiciaire vient m’assurer de sa confraternité. France bleu est présent et a annoncé sur son antenne le rassemblement devant le tribunal.

Procédure-baillon

Tous les syndicats sont représentés. Des avocats viennent aussi apporter leur soutien, pour dénoncer une procédure-baillon.

Mais, dans un cas de diffamation, les 10 jours doivent être respectés afin que l’accusé ait le temps de constituer les preuves de vérité. Aussi, le référé d’heure en heure ne respecte pas ce délai.

L’audience est donc renvoyé au 15 juillet. Les salariés commencent alors à parler d’un nouveau préavis de grève pour pouvoir revenir. Les parents passent des coups de fil pour s’assurer de leurs disponibilités à cette date. Personne ne veut lâcher.

un procès qui permet le collectif

Ce procès permet aux salariés, syndicalistes, parents de se réunir, de se parler. Certaines pleurent. D’autres me remercient.

J’ai pourtant l’impression de ne faire que mon boulot. Dire les vérités, celles de ceux et celles que l’on n’entend jamais. Relater les souffrances et les propos. Enquêter.

Je remets ici les 4 articles que l’ADAPEI 63 aimerait voir disparaître, et ainsi pouvoir voir disparaitre la parole de parents et salariés. N’hésitez pas à les diffuser.

https://mediacoop.fr/17/06/2025/a-ladapei-63-on-applique-la-politique-de-la-terreur/

https://mediacoop.fr/25/06/2025/pour-la-premiere-annee-je-ne-prendrai-pas-mon-adhesion-a-ladapei-63/
https://mediacoop.fr/10/06/2025/ils-ont-tue-mon-fils/

https://mediacoop.fr/22/05/2025/ce-resident-a-terrorise-tout-le-monde-sans-que-la-direction-ne-protege-personne/

Un Conseil d’Administration Extraordinaire hier soir

Et vous dire, que mon enquête continue.

Hier, un Conseil d’Administration Extraordinaire a eu lieu après la démission du président. Un communiqué a été envoyé à la presse que nous vous mettons ici.

Nous continuons notre métier d’information.

Mais sachez que les licenciements graves sont quasi tous contestés devant les prud’hommes actuellement, que des signalements au procureur de la république ont été réalisés contre l’ADAPEI, notamment par le maire de Clermont-Ferrand. Quant au soutien aux familles et salariés, la suite de notre enquête ne pourra que vous en dire plus.

Et nous vous remercions chaleureusement pour votre soutien à la liberté d’expression de notre média mais aussi le soutien à l’expression de toutes ces mamans, salarié.e.s, ex-salariés, cadres, qui nous ont offert leurs témoignages.

Une direction qui cherche à s’enfuir

Actuellement, un cadre en place tente de négocier son départ en rupture conventionnelle, et demande une somme avoisinant les 200 mille euros. La Directrice Générale quant à elle a postulé sur un autre poste de direction adjointe dans la région, mais n’a pas été prise. Quant aux administrateurs de cette association parentale, ils semblent divisés. Certains nous confient ne plus être en accord avec les décisions prises, et notamment concernant les poursuites à notre égard.

Le feuilleton ADAPEI 63 ne semble pas en être à son dernier épisode.

Nous serons donc mardi 15 juillet, au tribunal de Clermont-Ferrand, à partir de 10H, pour notre audience.

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