Près de 200 ménages ont été sans domicile à Clermont-Ferrand, depuis janvier 2024. 38 % d’entre eux sont des familles avec enfants.
En cette nuit du 30 octobre, 61 personnes dont 18 enfants, 8 familles, 5 femmes seules n’avaient nulle part où dormir.
Bientôt l’hiver !
Une situation problématique et dramatique à quelques semaines de l’arrivée de l’hiver.
Aussi, les collectifs et associations ont décidé d’alerter rapidement le préfet afin que des solutions concrètes soient proposées. « L’année dernière, tout a été fait dans la précipitation avec l’ouverture d’un gymnase beaucoup trop tardivement, laissant des personnes sans solution. Nous ne voulons pas que cette année, cela se reproduise. » Exprime Simon de RESF 63.
La situation ne fait qu’empirer. « Hier, une famille s’est retrouvée sans solution d’hébergement avec une petite fille de 2 ans, malade et suivie par l’hôpital. » Raconte Lucas, un autre militant, soufflant sur son café.
la politique du pire
En effet, nous sommes installés autour d’une table afin de faire le point. « On n’a jamais vu ça, de mémoire de militants. »
Depuis quelques années, la numérisation des dossiers laisse un goût amer. « Nous n’avons à faire qu’à des numéros de dossiers. On a enlevé toute humanité à la démarche. Au sein du service préfectoral, on a beaucoup de vacataires qui n’ont pas les compétences. Parfois, les dossiers sont perdus. Tout prend beaucoup plus de temps. » Raconte une personne salariée qui veut rester anonyme.
LE 115 n’est plus une solution
Pire. Le 115 qui est l’appel pour obtenir une place en hébergement d’urgence n’est pas seulement saturé. « On a pu vérifier que dans certains départements, alors que la loi l’exige, certains appels ne sont plus enregistrés. Ainsi, derrière, on nous répond que la famille n’a pas appelé et qu’elle n’est donc pas dans l’urgence. » S’agace Lucas.
Le démantèlement du service public y est tenu responsable. Moins de moyens, plus de numérisations, dans tous les services concernés. « La CAF, la Sécu, tout est devenu compliqué. Tout est sous-traité. »
Question politique et numérisation des dossiers
Outre ce constat, il s’agit aussi d’une question politique. « On autorise des cas intolérables avant. Par exemple, désormais, on peut mettre un enfant de moins de 18 mois à la rue. C’est ce qu’il se passe à la préfecture du Rhône. Et comme ça se passe là-bas, et bien on prend l’exemple du pire pour l’appliquer ailleurs. » Explique Simon.
8 condamnations de la France
La France a été condamnée 8 fois pour ces raisons par la cour européenne.
« Le droit des étrangers, car 99% des gens qui sont à la rue sont des étrangers, c’est le laboratoire du pire. On y applique des lois impensables. »
Pourtant, on voit s’élever quelques voix peu militantes. « Le patronat commence à réagir. Désormais, on enlève des titres de séjour à des travailleurs. La société a besoin de ces employés. Alors, les chefs d’entreprise peuvent venir en soutien souvent. »
Très fort réseau citoyen
Même si les militants ont parfois l’impression d’un peu de résignation, la mobilisation reste forte. « Nous avons de nombreux collectifs sur le territoire. Plein de réseaux vont à l’encontre du marasme politique. Et on s’organisera s’il le faut pour contrer cette politique déshumanisée. »
La préfecture du Puy-De-Dôme a la réputation d’être une des pires en matière de gestion de dossiers de régularisation. « On bat tous les records avec des centaines voire milliers de dossiers en attente ! » Ironiserait presque Simon.
Un autre record en revanche vient contrebalancer celui-ci : « On a la réputation d’être une terre de résistance. Ce qui est vrai. Notre tissu militant, associatif et citoyen est envié partout. Nous comptons sur nous-mêmes et une structuration de nos forces pour alerter, dénoncer, et empêcher cette politique. C’est pour cette raison, que nous avons alerté dès ce 30 octobre, le préfet du Puy-de-Dôme. Il ne pourra pas dire qu’il ne savait pas… »
Un courrier a donc été envoyé hier à l’attention du préfet du Puy-de-Dôme, ainsi qu’au maire, aux député.e.s des 5 circonscriptions, et des 3 sénateurs et sénatrice du Puy-de-Dôme. Il rappelle l’urgence de la mise à l’abri.
Pour aller plus loin…
Nous vous joignons ici les portraits réalisés de jeunes mineurs isolés hébergés par des familles. Vous pouvez vous rapprocher de ces collectifs si vous avez envie de devenir famille hébergeuse.
L’histoire d’AMADI et ici de Kadiatou
Enfin, nous vous racontons l’histoire des ces femmes salariées qui n’ont plus de papiers et doivent renoncer à leur emploi : Ici et Ici.