Les luttes sociales au cœur de Mediacoop pour nos 10 ans

C'est ce qui nous définit certainement le plus. La couverture des luttes sociales. Pour nos 10 ans, nous organisons une conférence le 12 février. Et nous en profitons pour vous raconter les différentes rencontres sur les combats sociaux.

Luxfer. Dascher. Les salarié.e.s en EHPAD, du CHU. Combien de jours avons-nous passé à écouter, tenté de comprendre, relayer les luttes sociales en 10 ans.

Je me souviens de ce matin-là. Sur sa chaise de cuisine, elle se ratatine. Son dossier devant elle. Une histoire dingue qu’on ne sortira jamais, car la salariée a peur de ne jamais retrouver de travail. Pourtant, son corps crie à l’injustice. Un cancer, une dépression. Mais, nous tairons l’affaire. Car, d’abord, il nous faut respecter les personnes qui acceptent de témoigner et se rétractent. Même si pour nous, parfois il serait urgent, que l’information sorte pour que ça n’arrive pas aux autres, pour que la justice gagne.

Mais, souvent le silence s’impose.

D’autres fois, cela hurle dans tous les sens. Et malgré le froid, on se réchauffe auprès de la solidarité des salarié.e.s en lutte. On y boit le café, et on reste là des heures à attendre la sortie d’un patron, d’un Directeur des Ressources Humaines. En attendant, on écrit les témoignages, la vie des ouvrier.e.s.

A force, quand la lutte est longue, on se fait des potes. Comme Fred et Axel de Luxfer, qu’on croise les premiers jours de grève, puis les derniers jours. On les retrouve au tribunal et on mange au kébab ensemble en attendant le verdict.

Fred, on dressera même son portrait pour Mediacoop. On fera pareil pour son camarade de lutte, Axel.

Cette lutte aura vu toutes les facettes, les pires et les plus belles que l’humanité puisse faire. Des disputes, des rencontres, des maladies, des dépressions, mais aussi de l’espoir et du combat.

Grèves des salariées de la petite enfance, des profs, du CHU, de la T2C, de l’AIA, de l’OPHIS, d’Auchan, de Constellium ou de Just Eat. En tout, 26 pages d’articles sur Mediacoop racontent les grèves, les mouvements, les mobilisations.

La médiatisation a souvent fait bouger les choses. Je me souviens ce combat des femmes de ménage à qui on annonçait le retrait de 70 euros par mois. Un monde pour ces personnes déjà si mal payées, et précarisées. Après avoir appelé, enquêté, demandé des explications, la réduction de budget avait été effacé. Les filles avaient pu récupérer leurs 70 euros.

Au plus profond de nos enquêtes, on aborde la lutte des classes. Celle qui met en lumière la trop grande disparité de salaires et de traitement. Celle qui raconte l’histoire de cette femme, morte d’un cancer après avoir travaillé dans l’amiante. Jacqueline. Son procès, sa dignité, son mari. Tout en elle conditionnait à être en colère contre ce monde. Mais, elle, elle restait calme, combattive, mais sans larmes ni rancoeur. Elle fut le symbole de cette lutte qui la tuera bien trop tôt, ne la laissant pas profiter de sa retraite. Morte d’avoir travaillé. Son employeur ne paiera jamais.

Et ce jeune médecin qui s’effondra dans mes bras, en me disant que son métier n’est plus de soigner, mais d’essayer de juste réduire les dégâts. Sans autre arme que son temps et sa volonté, il vivait aux Urgences le drame de la réduction des lits et des moyens.

Ces milliers de gens qui ne cherchent qu’à travailler. Parfois cela questionne. Continuer à enrichir le grand capital? « Non, vivre décemment et sans honte » m’avait répondu une salariée de Camaïeu, licenciée après la liquidation de la marque. Michel Ohayon avait racheté l’enseigne avant de la faire couler, délibérement, selon les salariées; Combien étaient-elles à pleurer ce jour-là, dans cette petite salle de l’imprimerie de la Maison du Peuple. Pour la plupart, elles avaient fait toute leur carrière à Camaïeu et pouvaient citer toutes les collections.

C’est pour rendre hommage à tous ces gens, ces ouvriers, cadres, salarié.e.s du public et du privé que nous avons programmé cette conférence.

C’est un peu pour eux aussi que Mediacoop a été créé.

Pour que ces petites voix ne résonnent pas toujours que lors de manifestations, au travers de slogans et de cris d’alerte.

Pour que ces petites voix, qui font vivre notre société puissent continuer à exister, et à être entendues.

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